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1944

Si ces messieurs pouvaient plutôt s'installer au salon...

Chronique de l'Occupation à Camaret-sur-mer  —  Tome 2

 


Le 19 juin 1940, premier jour de l'Occupation allemande de Camaret, trois officiers se rendent à l'Hôtel des Pois pour y installer la Kommandantur. Ils prévoient de transformer le café de l’hôtel en bureau, et la gérante, contrariée par ce qui allait bousculer ses habitudes, ose timidement : « Si ces messieurs pouvaient plutôt s'installer au salon... ». La réponse fuse, impérieuse : « Impossible Madame, c'est la guerre.»

Ils se sont installés pour quatre longues années.

Puis, enfin, un jour, on est arrivés au bout.

Les Alliés sont là, tout près, à Châteaulin. On chante la Marseillaise. Libres dans quelques jours, quelques heures peut-être, juste le temps pour Mme Talagas de se confectionner un drapeau — elle a vendu tous ceux de sa boutique en oubliant d’en garder un pour elle ! Il faudrait aussi trouver des disques en anglais pour honorer nos libérateurs, Allard branchera ses haut-parleurs sur le quai et...

Mais non.

Les horreurs de la guerre vont fondre sur Camaret.

Pendant trente-huit jours.

Et la liberté aura un goût amer pour beaucoup.

Sortie : le 22 novembre 2018
418 pages - 71 photos - Prix : 22 €

Points de vente en Bretagne
  Brest
: Librairie Dialogues, rue de Siam
  Camaret :
    - Comptoir de la mer (quai Téphany)
    - Tabac presse quai 21 (quai Toudouze)
    - Super U
  Crozon :
    - Maison de la presse (rue de Reims)
    - Librairie Le parchemin (rue de Reims)
    - Leclerc, espace culturel (ZAC du bourg)

Vente par correspondance
  22 € + frais d'envoi France 7 € = 29 € 
  Chèque libellé à l'ordre de : Brigitte Charoy, à envoyer à :
      Brigitte CHAROY     Kerellou     29160 CROZON

Voir des extraits du tome I

 

 

Extraits

 

 

 

vendredi 11 février 1944

• À midi, le gwilhou vient dans la cuisine se chauffer devant le feu et boire dans un verre, ce qui fait rire tout le monde.

• Louise devait aller à Quimper pour se rendre à la préfecture, elle en est revenue avec des Camarétois venus ravitailler en vêtements, nourriture et livres un parent emprisonné, entre autres Mme Merrien et la mère de Jean Kerdreux, l’employé de mairie arrêté le 11 novembre dernier. On échangeait ses impressions, toutes mauvaises. Les prisonniers ne cessent de maigrir, ils ne mangent pas assez. Le vin est interdit. Heureusement la lecture ne l’est pas, ils lisent tous toute la journée.

Le voyage s’est fait dans le camion de Pierrot Taniou, assis sur des valises au pied d’une immense armoire bourrée de valises. Dans une montée, il a dû s’arrêter et a dit aux passagers : « Vous allez être obligés de tirer votre derrière de là parce qu’il faut pousser pour monter. » Alors tout le monde est descendu et a poussé.

• Pierre Quillien a été arrêté hier à Châteaulin, à la gare. Il allait rejoindre sa fiancée Marie Salaün, du côté de Leuhan je crois. Enfin... c’est la version officielle. La version officieuse c’est qu’il retournait au maquis. Il y est depuis l’été dernier, avec son frère Joseph. La famille pense qu’il a été dénoncé.

On ne sait pas où il a été emmené.

 

[...]

 

jeudi 4 mai 1944

• À la sortie du catéchisme, Pierre a recopié un avis placardé à la mairie :

 

La population est informée que des travaux de pose de piquets doivent être effectués d'urgence ; en conséquence, toute la main-d'œuvre disponible devra se tenir, à partir d'aujourd'hui, à la disposition de la mairie pour être dirigé sur les lieux de travaux.
Ce travail consiste à planter des piquets dans tous les champs aux environs de Camaret jusqu'à une ligne partant du carrefour du Fret-Crozon pour aller rejoindre la pointe de Portzen. Si ces travaux ne sont pas faits rapidement, tous les terrains seraient minés et la population mise en demeure d'évacuation.
Les propriétaires des champs doivent s'intéresser directement à la pose des piquets dans leur champ.

Camaret 4 mai 1944
Le maire

 

Au Kermeur, c'est l'émoi.

— Le blé... Ils vont me prendre mon dernier champ...

— Ils n'ont pas parlé d'âge, ça veut sûrement dire que tout le monde doit marcher.

— Presque tous les hommes travaillent déjà pour les Allemands ! Au Gouin, à Kerbonn et au Poulmic ! Ils vont bientôt prendre les femmes et des enfants !

— Mon père a été réformé de 14-18, il doit y aller aussi ?

— Et le bois pour les piquets, ils vont le trouver où ?

— Du bois, il n'y en a qu'à Morgat. Ils vont raser le Kador, je ne vois pas d'autres moyens.

Strullu arrive dans sa charrette. On l'interpelle :

— Tu es au courant ?

— J'ai été convoqué demain matin à 8h30 à Poteau bleu avec ma charrette, j'en sais pas plus.

Il montre le billet de la mairie.

— Yvon dit que Mélénec a apporté des billets à chacun des hommes qui doivent y aller, donc c'est logique que ceux qui n'ont rien reçu n'aient pas à se déranger.

— Ce serait plus prudent d'aller à la mairie demander, pour être sûr.

Je m’y rends. Attroupement devant un autre avis, écrit en lettres énormes :

 

AVIS (urgent)

La Kommandantur ordonne que tous les hommes valides sans exception ne travaillant pas pour le compte de la troupe sont tenus de se présenter demain à huit heures au lieu-dit Poteau bleu.
Les hommes travaillant au Gouin et à Kerbonn du 1er au 14 mai sont dispensés.
Se munir de pelles, pioches, scies.
Des sanctions sont prévues pour les réfractaires.

 

[...]

 

vendredi 30 juin 1944

Des fils téléphoniques ont été coupés à Crozon. En représailles, les Allemands ont fait une rafle tôt ce matin en établissant des barrages à toutes les entrées de Crozon. Tout le monde est arrêté.

 

 

Paul Marrec, 19 ans      

On a été pris dans la rafle.

Mon père et Jean Pitty, le père d’Ambroise Derrien, étaient réquisitionnés à Morgat pour couper des arbres. Alors tous les deux, Ambroise et moi, on était allés pour les voir.

En approchant de Crozon, Ambroise me dit : « C’est drôle, on ne voit personne venir. » Un peu avant d’arriver au fort de Crozon, à la hauteur d’Armor-Lux maintenant, brusquement des Allemands sont sortis de derrière le talus et sont venus au milieu de la route : « Stop ! Halt ! Allez dans le champ ! ».

Il y avait plein de gens, des enfants, des femmes, des hommes. On a posé nos vélos et on a demandé ce qui se passait. Personne ne savait. On blaguait. Un moment on a posé la question à un soldat allemand, il n’a pas répondu.

Vers midi, ils ont fait rassembler tout le monde et un Allemand a dit : « Tous les hommes pas trop vieux pas trop jeunes viennent pour aller au bourg. »

On s’est mis en route. Dans notre groupe, comme Camarétois, il y avait Pierrot Taniou et le boucher Quentric.

Un peu avant d’arriver sur la place de l’église, une dame a entrouvert sa fenêtre et elle a dit : « Oh ! mes pauvres enfants... on va vous fusiller sur la place. ». On n’a pas cru à ce qu’elle disait, on ne voulait pas le croire et on continuait à blaguer. Mais quand on est arrivés en vue de la place, quand on a vu le fusil-mitrailleur installé près de la fontaine, alors là on a pensé autrement.

 

 

[...]

 

 


© Rémy Mélénec, coll. famille Languil

 

[...]

 

vendredi 1er septembre 1944

 

[...]

Au Champ de Bataille, Mme Fuselier plante là son repas et sa belle-mère, et sort pour aller aux nouvelles — « Sans même avoir retiré son sarrau ! », a remarqué la petite Déjou. Rue de la Victoire, du Pré, Alsace-Lorraine, arrêt de-vant la fenêtre ouverte du séjour de M. le maire : « Je vais voir ce qui se passe. »

Les plus curieux, les plus proches, les plus célibataires, les plus courageux... ils sont nombreux à venir voir ce qu’il en est. Les dégâts, heureusement, ne sont que matériels. L’obus a ripé sur l’angle du quai.

On commente. On s’interroge sur ce qu’il convient de faire. Il n’y a pas d’alerte, pas d’avions. C’est le grand calme, comme l’autre jour, quand le petit Rémy a été tué.

 


Avant-guerre, le café de 'Tit Languil avec sa pompe à essence
coll. famille Languil
  

‘Tit Languil ne s’attarde pas à discuter devant la maison Le Dé. Au vu des dégâts, il imagine ce que serait devenu son bistrot si l’obus était tombé quelques mètres plus loin. Il faut fermer boutique tout de suite !

Avant-guerre, le café de ‘Tit Languil avec sa pompe à essence
Marcelle Le Théo, 14 ans, n’est pas descendue avec ses parents et sa sœur aînée. Elle observe la scène de là-haut, appuyée sur le garde-corps de la fenêtre, et s’amuse de voir un bolide déboucher de la rue de Bruxelles et arriver dans les jambes de son père. C’est Jean Kermel. Le Théo est justement l’armateur du Bacchus.

— Non petit, le bateau n’est pas encore là.

— Ouf ! Je l’attends alors...

Autour d’eux, la petite foule commence à se disperser.

‘Tit Languil manivelle. Ça coince et ça couine. Le rideau de fer s’abaisse lentement.

Le petit Morvan traîne, il entend bien Tante Anna qui l’appelle, mais pffff... on nous laisse jamais tranquille quand il y a quelque chose d’intéressant…

L’autre Morvan, le grand, le commis mareyeur, avait fini de manger. Il s’est campé à son poste favori en bord de quai, entre les deux cales. C’est là que les copains sont sûrs de le trouver quand il ne travaille pas. Et c’est là qu’il va mourir.

 

[...]

 

lundi 4 septembre 1944

• Canonnade lointaine mais incessante. Nuit épuisante.

• Suis allé à Kerven ce matin pour tenter d’avoir un bout de cheval, mais il était trop tard, à 9h30 tout était parti.

• La mer a rendu le vieux Daniel au Veryac’h. Une balle de mitrailleuse dans la tête.

• Vu Allard. Il me raconte l’incroyable attaque d’hier : six fois les avions sont revenus mitrailler le château Vauban avec des balles incendiaires ! Six fois !!! Mais pourquoi ??? Au soir, l’incendie a fini par prendre et n’est pas encore tout à fait éteint, il ne reste presque plus rien du toit hormis quelques rangs d’ardoises sur la partie inférieure.

• Vu Duval. La famille est réfugiée à Ty ar Guen, chez Mao, dans le grand grenier de la ferme auquel on accède par une échelle étroite et à pic. Je les trouve allongés sur le foin, avec d’autres familles. Leur fille Marie-Louise est devenue très nerveuse et ne veut plus rentrer chez eux.

Une dame qui arrive de Tal ar Groas dit que les Américains y sont. On se félicite de l’existence de la brigade de police formée par le maire pour arrêter les pillards. Sans eux, les pillages n’auraient pas de limite. La maison de l’adjoint au maire Morvan a été endommagée par les bombardements puis pillée. Ceci me conforte dans ma décision de rester à la maison tant que cela sera possible.

 

 

Francis Bescou, 17 ans      


Un jour, pendant que nous étions au campement de Penayun, ma sœur Mimi était allée faire je ne sais plus quoi dans notre maison à Lagatjar, et comme ça ne bombardait pas et que tout avait l'air tranquille, elle a décidé d'y passer la nuit. Toute seule. Elle n'avait pas peur, ma sœur !

En pleine nuit, elle a été réveillée par de drôles de bruits dehors. Elle ouvre doucement la fenêtre mansardée de sa chambre et elle ne voit rien, mais elle comprend que des gens sont en train d'essayer d'ouvrir les volets.

Alors elle crie brusquement : « Mais qu'est-ce que vous cherchez là, don' ? ».

Ils se sont plaqués contre le mur, et puis finalement ils se sont enfuis. On n'a jamais su qui c'était.

 

 

[...]

 

 

 

lundi 18 septembre 1944

[...]

 

Mimi Canévet, 20 ans      

 

Mes parents, mes petites sœurs (Rose et Juliette) et moi, nous étions dans l'abri de la gare — mon frère Cyprien était au maquis, à Spézet.

Nous n’étions pas assez couverts et avions vraiment froid. Alors nous avons décidé d'aller chez nous chercher des vêtements. C’était le matin, vers 9h. Mon père n’avait pas voulu venir.

Quand nous sommes arrivées à la maison, rue Alsace-Lor-raine, nous avons vu que des obus étaient tombés dessus, il n’y avait plus de toit et l'escalier était en partie démoli. Je suis rentrée dans la maison et j’ai commencé à me faire un chemin pour arriver à l’étage. Et le bombardement a recommencé.

Juliette a crié :

— Maman j'ai peur !

— Fais le tour !

À l’angle de la rue, à dix mètres, c’était la maison de notre voisine, Tante Rose Rémi comme on disait. Dans sa cour à l’arrière, il y avait un abri.

Juliette et Rose sont parties en courant.

Moi, entre-temps, j'avais réussi à soulever les planches pour arriver à nos affaires et je jetai par la fenêtre les vêtements à ma mère.

Et puis il y a eu un grand bruit d’obus tout proche.

Et Rose est réapparue au coin de la rue, dégoulinante de sang.

— Maman !

— Mon Dieu !!!

— Moi c'est rien. Mais Juliette...

 

[...]

 

 

Table des matières

 

Camaret et son environnement ............................................8

Introduction .......................................................................11

 

Hiver ................................................................................15

Printemps .........................................................................77

Puis vint le vendredi 30 juin - La rafle..............................145

Puis vint le vendredi 11 août - Lagatjar............................189

Puis vint le vendredi 1er septembre - Sur le quai................251

Puis vint le dimanche 3 septembre - Ah ! le joli pardon.....265

Puis vint le lundi 11 septembre - Kerguelen......................303

Puis vint le lundi 18 septembre - Ils arrivent !..................349

La liberté .........................................................................363

Épilogues ........................................................................377

 

Hommage à Maurice Caradec ..........................................389

Remerciements ................................................................391

Documents annexes ........................................................393

   Yves Languil, un prisonnier de guerre ..........................395

   Une rigolade qui jaunit ................................................399

   La rafle de Crozon ........................................................401

Index des noms cités........................................................403

 

 


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