Notre presqu'île .com

archives, histoires, images

de la presqu'île de Crozon

ARTICLES DE PRESSE

?  

Quoi de neuf ?

Presse ancienne

Cartes postales

En mots

En images

En cartes

Savez-vous ?...

Guerre 14-18

Recensement

Éditions Notre Presqu'île

livre d'or

liens utiles

bibliographie

contact

 

   revenir en arrière
 

Articles de la presse ancienne

classés dans l'ordre chronologique

 

 Cliquez sur les grandes flèches noires pour lire l'article
précédant ou suivant celui-ci dans l'ordre chronologique


 n° 1161

Compte-rendu du procès d'assises du parricide Jean-Marie Kérinec

12/07/1905 

Cour d'Assises du Finistère

Audience du 10 juillet.
Le parricide de Crozon.
Voici la plus grave affaire de la session, la plus grave surtout dans l’échelle criminelle.
L’accusé, Jean-Marie Kérinec, qui est âgé de 20 ans, est un marin-pêcheur de la côte de Crozon, solidement musclé, à la physionomie ouverte et intelligente. Son attitude est bonne.
Il est assisté de Me Le Diberder.
M. le procureur Bouëssel occupe le siège du ministère public.
On aperçoit comme pièces à conviction des effets ensanglantés, un énorme coutelas, une bêche, et une fiole contenant des débris de cervelle.
Après les formalités d’usage, il est donné lecture de l’acte d’accusation qui rapporte que le 30 mars 1905, au matin, la gendarmerie de Crozon était informée que Jean-Marie Kérinec, cultivateur à Persuel, en cette commune, avait été, vers minuit, trouvé mort sur la route de Roscanvel, à 400 mètres environ de son village, et que l’aspect du corps, qui portait des traces manifestes de violences, faisait supposer que ce décès était dû à une cause criminelle.
La veuve Kérinec, son fils Jean-Marie, âgé de 26 ans, et sa fille Jeanne, âgée de 21 ans, déclarèrent que la veille, vers 5 heures du soir, Kérinec, sous l’influence de la boisson depuis le matin, avait quitté la maison pour aller au village de Saint-Fiacre ; que, vers 8 heures et demie, ils l’avaient entendu chanter non loin de la maison ; puis que, le bruit ayant cessé, ils avaient pensé qu’il était tombé et s’était endormi sur la route ; que cependant, vers minuit, pris d’inquiétude, ils avaient été éveiller leur voisin Perfézou, et que, s’étant mis avec lui à la recherche du chef de famille, ils l’avaient trouvé mort à l’endroit où il gisait encore.
L’autopsie à laquelle fit procéder le parquet établit que le décès était dû à un coup violent porté avec un instrument contondant sur la région pariéto-frontale gauche, qui avait broyé le crâne et déterminé une mort foudroyante. L’examen médical révéla, en outre, cinq plaies pratiquées par un instrument tranchant, tel qu’un couteau, intéressant toute l’épaisseur du cuir chevelu, blessures faites incontestablement après l'enfoncement de la boite crânienne.
Les soupçons se portèrent aussitôt sur la veuve et sur les enfants de Kérinec, qui, à raison des scènes fréquentes que leur faisait celui-ci quand il était ivre, vivaient, de notoriété publique, en mauvaise intelligence avec lui, et spécialement sur son fils Jean-Marie qui portait à son gilet des traces de sang dont il ne put expliquer la provenance, et dont les vêtements journaliers, qu’il avait quitté pour revêtir ses effets de dimanche, venaient manifestement de subir un lavage récent. Peu de jours après l’arrestation de son frère, Jeanne Kérinec, pressée de questions par la gendarmerie, déclara que le 20 mars, vers 8 heures et demie du soir, elle et son frère guettaient au dehors le retour de leur père, lorsqu’entendant celui-ci qui, en s’approchant de la maison, proférait, d’une voix avinée, des menaces contre sa femme et sa fille, Jean-Marie s’était écrié : « Cela ne peut durer, il faut que cette vie finisse ! »


Il était alors entré dans la maison, en était ressorti porteur d’une houe et s’était porté au-devant de son père. A son retour, environ un quart d’heure après, il lui avait dit, sans autres explications, qu’il venait de frapper son père.
Informé des aveux de sa sœur, Jean-Marie ne tarda pas à confesser son crime. Il déclara que, pris d’une colère subite en entendant les menaces que proféraient son père et exaspéré de la vie intolérable que celui-ci faisait à sa famille, il avait saisi une houe, était allé au-devant de lui et, comme il continuait de vociférer, il l’avait, après l’avoir dépassé de deux ou trois pas, abattu de deux coups de son arme, portés violemment par derrière, puis il était rentré à la maison, sans se préoccuper si sa victime vivait encore.
Jean-Marie Kérinec a persisté dans ses aveux, mais, jusqu’au bout, il a nié énergiquement avoir porté à son père les coups de couteau qui, d’après l’homme de l’art, ont été donnés à Kérinec, alors qu’il n’était plus qu’un cadavre, et il a toujours prétendu ignorer quel était l’auteur de ces blessures. Néanmoins, il avait pris soin de faire disparaître un couteau de cuisine que la gendarmerie avait remarqué dans la maison dès le début de l’enquête, et qui fut retrouvé enfoui dans un champ quelques jours après.
Jean-Marie Kérinec jouissait, jusqu’à ce jour, de l’estime générale. Quant à son père, bien que sa réputation fut bonne dans le public, il ne paraît pas douteux, et c’est la seule explication de ce crime odieux, que, lorsqu’il avait bu, il se livrait dans son intérieur à des scènes de violences, et rendait la vie pénible à sa famille.
Le président fait connaître que les renseignements sur l’accusé lui sont favorables, puis il l’interroge sur les faits de l’affaire.
Kérinec renouvelle ses aveux ; il nie avoir achevé son père à coups de couteau : il manifeste quelques regrets du crime qu’il a commis.
On passe alors à l’audition des témoins. Il y en a 20 en tout.
La sœur de l’accusé dépose longuement, et accuse son père de violences.
La veuve Kérinec, à son tour, dit que sa vie a été un long martyre.
Le jeune Nicolas Kérinec, un garçon de 14 ans, porte les mêmes accusations contre son père.
Pendant la durée des dépositions, Kérinec se contente de pleurer.
M. le procureur Bouëssel prononce son réquisitoire. Il termine en réclamant la peine de mort.
Puis Me Le Diberder se lève ; il dit qu’il éprouve un profond sentiment de tristesse car il songe que s’il y a dans cette affaire une victime dont il salue la mémoire et que la fatalité a conduite à la tombe, il n’oublie pas que derrière lui se trouve un jeune homme contre lequel on réclame le châtiment suprême.
Me Le Diberder, dont la tâche était lourde, s’en est acquitté à son honneur.
Après une courte délibération, le jury répond affirmativement avec admission de circonstances atténuantes. En conséquence, Kérinec est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Crozon    fait divers    procès                       

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 
 
 

 

 

f.a.q. Éphéméride mode d'emploi

recherche
dans les articles


précisions mots-clés


précisions recherche

 

à suivre...

         • nouveaux articles

         • nouvelles personnes

         • nouveaux villages

         • nouveaux bateaux

         • nouveaux commentaires

contenu des articles

         • les bateaux   A-Z

         • les personnes   A-Z

         • les lieux   A-Z

         • les lieux, par village

articles par n°

 

 


AVANT NOUS
une sélection de 1181 articles
issus de la presse ancienne,
illustrées de publicités d'époque
Points de vente ICI

 
 
 

 

© notrepresquile.com 2014-2018

 

Mentions légales et Conditions Générales d'Utilisation      |     Qui fait ce site ?

 

Selon la loi Informatique et Libertés du 6/01/78 modifiée en 2004,
vous bénéficiez d’un droit d’accès et de rectification aux informations vous concernant, que vous pouvez exercer en nous écrivant.