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 n° 1792

De la mort prochaine des marins de la brousse de Landévennec...

26/12/1899 

La réserve de Landévennec

On nous écrit :
Une récente décision ministérielle a ordonné l'envoi à Landévennec d'un croiseur tout neuf, qui est — vous l'avez déjà deviné — le Catinat.
Je n'ai pas, croyez-le bien, l'intention de discuter les ordres donnés par M. le ministre, d'autant plus que je reconnais que l'idée était excellente ; car on trouverait difficilement un abri plus sûr que celui-là et, en plus, à proximité de l'arsenal, par conséquent sous la main. En cas de mobilisation on aurait vite fait de mettre les bâtiments qui s'y trouvent eu état de prendre la mer ; ce serait tout au plus une affaire de 48 heures.
Tout cela est parfait. Mais ce que je veux montrer ici, c'est la situation dans laquelle se trouvent les hommes embarqués sur les bâtiments en réserve à Landévennec, et vous verrez, comme moi, que la vie qu'ils mènent n'est pas des plus enviables.
Lisez plutôt :

« Landévennec, le 19 décembre 1899.
« Cher père,
« Cette fois, je suis en exil — je ne vois pas d'autre mot pour définir au juste ma nouvelle situation. Aussi, je t'assure que si je dois faire un an dans ce pays, je risque fort d'y mourir avant. Je vois d'ici que tu ris, mais je t'assure que si tu étais à ma place, tu n'aurais pas envie de rire le moins du monde. Tu ne peux te faire une idée de la bile que je me fais depuis que je suis arrivé ici, et en voici la raison : nous sommes éloignés de tout et de tous, nous n'avons aucune des commodités qu'ont les heureux veinards de la réserve de Brest. Eux, vont à terre tous les deux jours, ils ont des vivres frais, ils ont du mouvement, enfin ils ont des distractions, en dehors du travail, qui les aident à passer le temps. Mais ici, nous n'avons rien, nous ne voyons que les montagnes et les quelques goélands qui rôdent autour du bord. Pense qu'il nous faut faire sept kilomètres pour aller chercher les vivres, aussi nous n'y allons pas tous les jours. On se contente de deux fois par semaine, et je te prie de croire que quand arrive le quatrième jour, le pain n'est pas des plus frais. Quant aux légumes, il faut avoir soin de les commander huit jours à l'avance, et encore, quand le commis va pour les chercher, on lui apprend qu'on n'a pu se procurer que la moitié de ce qui avait été commandé, il n'y en avait plus dans le pays.
« Nos lettres — je parle bien entendu de celles qui viennent de Brest — ainsi que la Dépêche, nous les recevons 24 heures après leur départ de la poste centrale, et nous ne recevons qu'un courrier par jour.
« Maintenant, pour le tabac, il faut pleurer près du cuisinier des officiers ou des maîtres, de bonne heure, avant qu'il parte aux provisions, et malgré sa bonne volonté il ne peut pas contenter tout le monde, car il a quelquefois jusqu'à vingt paquets de tabac à apporter. Ainsi, du matin au soir, nous sommes à la chine près des camarades qui, plus heureux, ont réussi à décrocher le paquet de cinquante. Enfin, c'est la misère.

« Et pour les permissions ! Parlons un peu de ça. Nous ne descendons à terre que tous les seconds dimanches, c'est pire qu'aux colonies; — il est vrai que nous sommes en pleine brousse, et cela me rappelle un peu ma campagne de Madagascar, peut être aurons-nous aussi la médaille coloniale ; en tout cas, elle ne serait pas volée.
« Aussi, cher père, ne t'étonne plus si je te répète que je crains fort de mourir d'ennui dans ce cher pays ; c'est tout de même malheureux d'être si loin et si près de chez soi. Quelle différence avec les bâtiments en réserve à Brest ! Enfin, il faut se résigner ; quand on est au service, c'est pour servir. Je compte néanmoins avoir le bonheur d'obtenir une petite permission de quatre ou cinq jours, pour les fêtes du jour de l'an ou pour les fêtes de Noël. Nous ne tarderons pas à recevoir des ordres en conséquence de la préfecture. Cela nous dédommagera un peu des petites misères que nous subissons patiemment dans le fleuve colonial de Landévennec.
« En attendant le bonheur de te voir,
« Ton fils,
« G... »

Eh bien! qu'en dites-vous ? Ne trouvez-vous pas que c'est triste pour ces braves gens-là, d'être séquestrés de cette manière et privés de toutes distractions ? Ils sont en France, que diable ! Et cependant ils ne s'en aperçoivent pas beaucoup. Ils ont toutes sortes de désavantages : d'abord, ils perdent une partie de leur solde — c'est tout naturel, puisqu'ils sont en réserve — mais ces questions de vivres, de tabac, de permissions, de courrier, etc.. Ne pourrait-on rien faire pour améliorer le sort de ces délaissés, de ces isolés, de ces exilés ? Le préfet maritime a déjà fait un pas en leur donnant une canonnière tous les matins; c'est très bien, mais ne pourrait-elle faire un second voyage le soir ? cela permettrait aux Brestois d'aller chez eux de temps en temps, et aux autres d'aller un peu se distraire en ville.
Mais c'est une dépense, direz-vous ? Très bien, je l'admets. Mais, enfin, voilà des hommes qui n'ont d'autre passe-temps que de regarder voler les goélands; ils ne peuvent aller chez eux que deux fois par mois au maximum — les Brestois, comme de juste. — La distance qui sépare Brest de Landévennec n'est pas si grande que cela : il faut à peine 1 h. 1/2 ou 1 h. 3/4 avec la canonnière ; ce n'est pas la mer à boire, enfin. On pourrait même, au besoin, assurer le voyage du matin par le torpilleur servant d'école de chauffe, et celui du soir par la canonnière ; à ce compte-là, les dépenses seraient les mêmes qu'actuellement.
On leur doit bien quelque chose, à ces obscurs et dévoués serviteurs, et j'espère bien qu'avant peu M. le préfet maritime, qui ne cherche que le bien-être de ses hommes, aplanira les difficultés qui existent au sujet de la réserve de Landévennec.
Veuillez agréer.
L. N..., retraité de la marine.



LANDEVENNEC. Bâtiments de l'escadre de réserve.
photo Jos Le Doaré, Châteaulin
Landévennec    réserve Penforn                           

article issu de : La Dépêche de Brest    

 
 
 

 

 

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