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 n° 1840

Camaret : Tailhade refuse le duel.

06/09/1903 

L'assassiné et l'assassin

CONTE DU DIMANCHE

L'assassiné, c'est le citoyen Tailhade.
L'assassin, c'est votre serviteur.
Comme l'assassiné Tailhade prélasse aujourd'hui même sa bedaine florissante et extérieurement intacte sur la plage hospitalière de Morgat, comme je ne suis pas encore à la prison du Bouguen, quelques explications sont indispensables.
Or donc, durant ces derniers jours, l'infortuné rédacteur en chef de ce journal avait eu l'âpre joie de voir s'abattre sur sa tête à peu près toutes les injures contenues dans le dictionnaire poissard en usage chez les Apaches du journal l'Action, officine dirigée par un moine défroqué, qualifié, hier, par un confrère parisien, de rince-cuvettes, l'ex-abbé Charbonnel. La cause de cette avalanche d'immondices, c'était tout simplement la reproduction dans la Dépêche de Brest d'un article de Tailhade, où la race bretonne tout entière, — tout entière, ne l'oubliez pas, citoyen Bott, qui êtes Breton, — était représentée comme un ignoble ramassis d'ivrognes à face odieuse.
Les Camarétois s'étant fâchés et ayant expulsé Tailhade, — c'est à moi que Tailhade s'en prit de sa mésaventure.
Imbécile, jésuite, être venimeux, assassin, salarié des vidangeurs, je fus presque aussi bien servi que nos amis les Camarétois.
Et, vendredi soir, arrivait à Brest, par le courrier, un nouvel article, non signé, mais écrit sûrement par Tailhade, inséré dans la feuille de l'ancien moine. Cette fois encore, j'étais injurié, avec cette variante assez amusante que « ... Coudurier, personnellement, était incapable d'en découdre... »
Incapable ?... Pourquoi ? Il y avait là une expression des plus blessantes, car, en somme, — et un confrère de la région voulait bien, hier, me rendre justice sur ce point — j'ai eu plusieurs fois l'occasion d'en découdre — et ce n'est pas moi qui (hasard, adresse ou sang-froid ? je l'ignore) — ce n'est pas moi qui ai été décousu.
En présence d'une provocation aussi caractérisée, je priai donc deux de mes amis d'aller voir Tailhade, en l'hôtel Pia, à Morgat, où l'anarchiste-baudruche a élu domicile depuis l'expulsion de Camaret.
A ma grande stupéfaction, ces messieurs me rapportèrent la lettre suivante :

Morgat, le 5 septembre.
Cher monsieur Coudurier,
Conformément aux instructions que vous nous avez données, nous nous sommes présentés ce jour, à dix heures du matin, à l'hôtel Pia, à Morgat, où était descendu M. Tailhade, journaliste, pour lui demander des explications au sujet d'un article paru dans l'Action du septembre, sous le titre « Ils n'y gagneront rien. »
M. Tailhade a formellement refusé de rétracter les termes de l'article de donner réparation par les armes et même de constituer des témoins, vous laissant, a-t-il dit, libre de le poursuivre devant les tribunaux.
Devant ces déclarations, nous considérons notre mission comme terminée.
Vos bien dévoués,
LANGLOIS, Alain FERRAND.


Tailhade aurait, en outre, déclaré que jamais il ne se battrait avec un assassin, méritant le bagne et les travaux forcés à perpétuité.
Même à ce titre d'assassin, Tailhade eût dû reconnaître en moi un confrère. En effet, voici l'opinion qu'avait de Tailhade lui-même le procureur de la République, alors que l'anarchiste jouisseur du restaurant Foyot était traduit devant la 9e chambre correctionnelle de la Seine sous l'inculpation de provocation au meurtre



[...]
A la suite de ce réquisitoire, M. Tailhade fût condamné à un an de prison.

Tailhade fait assassiner ; moi, j'opère en personne. Cette subtile distinction n'explique point pourquoi, après m'avoir carrément invité à en découdre, l'hôte actuel de M. Pia, à Morgat, l'intime ami de M. Bott, me repousse dédaigneusement et me déclare non dignus intrare... dans sa peau d'ours mal léché.
Mon opinion, je la dirai avec toute la franchise dont je suis capable :
Tailhade doit être fou. Il m'a donné une nouvelle preuve de sa folie intense en m'écrivant hier une lettre où, après m'avoir honoré de son mépris, il ajoutait ces phrases tintamarresques :
... Il me paraît convenable de vous faire savoir que je n'écris point de lettres anonymes, ainsi que vous l'insinuez dans votre leader de ce matin. Les lettres anonymes appartiennent exclusivement aux cuisinières vindicatives et aux apôtres du clergé français, dont vous semblez l'un des empoisonneurs les mieux stylés...
Ce n'est pas un médiocre amusement que de vous entendre parler de messages anonymes, à vous qui téléphonez aux journaux de Paris, à l'Action (sic) notamment, des impostures où la calomnie et la stupidité se mélangent en de très catholiques proportions
...

Quand je dis Tailhade atteint d'aliénation mentale, je le prouve, documents en mains. Est-il, parmi les Bretons recuits d'ivrognerie, absinthés à fond par les produits de l'ancien débit Bott et Cie, un être assez abruti pour supposer que Coudurier téléphone à l'Action d'éreinter Coudurier ?
Maboulisme aigu ! dira-t-on de toutes parts. Et de Camaret à Morgat, en passant par Crozon et autres lieux, une longue clameur retentira sur les grèves :
Tailhade est fou !
Et ainsi l'injure vomie par Tailhade s'évapore ; et nos braves Bretons de la côte auront, sans doute, la patience méritoire de laisser leur insulteur bedonner et bidonner à son aise sous les auspices de l'illustre et sympathique M. Bott.
Quant à nous, nous ne nous lasserons point de répondre, du tac au tac, à toutes les ignominies répandues par quelques écrivassiers parisiens sur le compte de la Bretagne et des Bretons. Tailhade et ses complices en devront prendre leur parti. Rien ne nous rebutera, rien ne nous lassera dans cette lutte. Nous n'avons peur de rien, étant soutenu par l'unanimité de la presse finistérienne dans une cause qui est essentiellement bretonne.
Et c'est une bien douce satisfaction pour l'assassin que je suis que d'avoir fait, pour ainsi dire, l'accord de toutes les opinions politiques sur le point d'honneur local et régional. A Morlaix, par exemple, le journal l'Eclaireur, qui est, en cet arrondissement, l'organe du Bloc, n'hésite pas à éreinter Tailhade, de concert avec la Résistance et l'Avenir. Ceci donnera peut-être à réfléchir à Bott, dont la prose incendiaire est si avantageusement appréciée à Morlaix.
Mais, c'en est assez pour aujourd'hui. Nous reprendrons l'outil pour continuer la bonne et salutaire besogne.
Louis COUDURIER.

Camaret    Paris                           

article issu de : La Dépêche de Brest    

 
 
 

 

 

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