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 n° 2547

Le monuments des morts de Landévennec est inauguré.

18/09/1922 

Les monuments du souvenir

LANDEVENNEC célèbre ses morts
Landévennec, 17 septembre.
Compact et pénétrant, le crachin a tout estompé : l'antique église dont les soubassements reçoivent la caresse mourante du flot, les pommiers qui l'avoisinent jusque dans la grève, les contours verdoyants qui dissimulent les maisonnettes du bourg.
Rapide, le steamer « Crozon », après avoir franchi la rade dans toute sa largeur, pique droit, en dépit de la houle, vers la maigre cale qui sert de débarcadère. Grâce à l'intervention d'un canot, la plupart des passagers peuvent quelques instants plus tard, atterrir. Les autres poursuivront vers Châteaulin un voyage qui serait des plus beaux n'était le mauvais temps.
Ici la petite ville est pavoisée, car on inaugure aujourd'hui le monument qu'elle a tenu à élever à la mémoire de ceux de ses enfants morts pour le pays. Aussi est-on frappé par l'activité inaccoutumée qui règne sur la petite place de l'église, autour du bloc de granit que recouvre une ample toile.
A dix heures, une messe solennelle est dite au milieu d'une affluence véritablement extraordinaire. Il est 11 h. 30 lorsque la cérémonie religieuse prend fin.
La foule, se groupe alors au pied du monument, une stèle de granit portant simplement quelques attributs glorieux, que le clergé vient bénir.
Dans l'assistance, on remarque la présence de MM. Aury, maire de Landévennec, et Le Stum, adjoint; Louppe, président du conseil général, et Lancien, sénateurs; Le Bail, Bouilloux-Lafont, Daniélou, députés; Vieillescazes, sous-préfet de Châteaulin; H. Février et Cariou, conseillers généraux; Kerrest, médecin principal de 2e classe; Madec, maire de Logonna et Goalès, conseillers d'arrondissement; Halléguen, maire de Châteaulin; Bourvon, maire d'Argol; Boussard, maire de Telgruc; Balay, maire de Trégarvan; de Chalus; le comité d'érection du monument : MM. Coat, président; Guermeur, lieutenant d'infanterie coloniale, et Le Stum, vice-présidents; Salaün, trésorier; Gourmelen, secrétaire; Boussard, Cariou, Le Goff, membres; le docteur Le Du, d'Argol; Conan, notaire à Telgruc; Le Gall, secrétaire en chef de la sous-préfecture de Châteaulin; Riou; Trévidic; Sarrazin, agent voyer; Perrès, ancien percepteur; les représentants des diverses sociétés patriotiques.
Le premier, M, Coat, prend la parole :

M. COAT, président du comité d'érection
Après avoir remercié les autorités d'avoir bien voulu venir honorer de leur présence cette fête solennelle, en souvenir des héros de Landévennec morts pour la France, il remercit aussi M. Nédélec, le sympathique sculpteur breton, auteur du monument auquel il est heureux d'adresser en public ses sincères félicitations.
Puis, il fait l'appel des 43 noms des enfants de Landévennec morts pour ie pays. Au pied du monument, un ancien poilu répond : « Mort, pour la France ! »
Après cette émouvante lecture, M. Coat reprend :
Quelques dépouilles mortelles de ces braves reposent ici; d'autres sont restées enfouies dans la terre de France; d'autres reposent aux quatre coins du monde; d'autres, hélas ! errent encore au plus profond des océans !
Avec quel esprit d'abnégation et de sacrifice tous ces braves partirent à la mobilisation, et avec quel courage ils luttèrent dans les combats ! C'est leur sacrifice qui sauva la France, qui prépara son bel avenir.
La rançon française de la victoire pour la libération du monde, a été formidable et glorieuse. De cette gloire, de cette douleur, Landévennec a eu sa part.
Ypres, Dixmude, la Marne, la Champagne, l'Alsace, l'Orient, toutes les mers du monde entier, toutes ces grandes étapes ont été jalonnées par nos morts. Les uns, tués dans l'enthousiasme des premiers combats; les autres, aux heures découragées des insuccès; les derniers, à l'aube de la victoire, dans la froide résolution des derniers sacrifices nécessaires.
Ce monument, modeste hommage de la République victorieuse à ses enfants, nous rappellera toujours leur exemple et notre devoir.
M. Aury, maire de Landévennec, succède au président et s'exprime dans les termes suivants :

M. AURY, maire de Landévennec
C'est avec une profonde émotion, monsieur le président, que je vous prie d'agréer, au nom de la commune, toute notre reconnaissance pour vos efforts et vos peines.
Vous venez de doter notre pays d'un monument durable, en souvenir des enfants de Landévennec morts pour la patrie.
Au nom de la commune, je prends possession du monument.
En élevant ce mausolée, vous n'avez pas suivi l'exemple d'une habitude ou la vanité d'une mode; vous avez voulu donner un sens plus haut, plus noble à cette stèle, posée comme une borne glorieuse sur le chemin de notre histoire locale.
Vous avez voulu que notre souvenir douloureux et notre reconnaissance émue puissent dépasser les limites de nos existences éphémères; qu'une fois nos années révolues, demeure concret et indestructible un signe de notre gratitude, un témoin de leurs luttes, une attestation de leurs souffrances, de leur misère, de leur héroïsme.
Vous avez voulu que chaque génération du pays, au plus loin dans l'avenir, vienne penser, au pied du monument, qu'il y eut une guerre affreuse, terminée par la victoire de nos armes, dont les enfants de Landévennec ne furent pas les moins magnifiques artisans.
C'est une page longue et douloureuse de notre martyrologe local ! 43 noms y figurent. Lourd tribut et sanglant appoint d'une commune de [ ] âmes.
Ce monument commémorera ce qu'il y a de plus beau, de plus pur, de plus noble : le sacrifice de la vie pour le bien de l'humanité, pour le bonheur de la patrie.
N'est-ce pas le moment d'inscrire sur cette stèle ce beau vers de Corneille dans dom Sanche d'Arragon : « Et l'honneur aux grands cœurs est plus cher que la vie » .
J'entends par cet honneur, l'honneur coïncidant, se fusionnant, s'identifiant aux devoirs de l'homme envers lui-même, envers sa famille, sa patrie et l'humanité.
L'honneur, ainsi sanctifié, vénéré et servi, n'est-il pas le gage le plus haut du bonheur qu'on puisse espérer ici-bas d'une façon pratique et idéale ? N'est-il pas, seul, la tendance à réaliser ou tenter de réaliser ces vers du poète « Ah ! ce serait si beau : Qu'il y ait ici-bas dans un berceau commun le ciel à tout le monde et la terre à chacun ! »
..........

Cet honneur est le « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » que nous inflige la dure réalité, en démenti aux puériles rêveries des pêcheurs de lunes impénitents.
Si nous voulons la vie meilleure, travaillons à l'améliorer, à servir cet honneur, qu'ensemble nous avons défini tout à l'heure.
Nous saluons aujourd'hui les meilleurs ouvriers de notre commune, ceux qui ont travaillé au bien commun sans compter, jusqu'au dernier souffle, jusqu'à la dernière goutte de leur sang.
..........
2 août 1914...
Le tocsin sonne...
L'ordre de mobilisation est affiché
Le pays, debout, roide, résolu, répond : Présent.
..........
Quelques-uns de ceux-là en étaient. Les autres, trop jeunes, avec, l'insouciance de leur jeunesse, la belle ignorance de leur âge, ne comprenaient pas que ce premier tocsin était leur premier glas.
Pauvres petits gâs !
Pas un n'a renâclé !
..........
Nous sommes partis : les vieux, résignés, optimistes, courageux; les jeunes étaient confiants, enthousiastes.
Vous rappelez-vous cette nuit du samedi au dimanche ?
Sur les routes, on croisait des ombres. Pas de bruit. Le silence de la nuit était à peine troublé derrière les volets clos.
Parti de chez moi à deux heures du matin, je n'ai pas vu Landévennec cette nuit-là, mais je l'imagine aisément.
Le plus grard nombre emprunte la voie de mer.
..........
C'est dans la brume d'une nuit d'août que s'effectuent les départs. A peine quelques rayons opales irrisent le duvet léger des brumes matinières. La nature a des finesses d'aquarelle. Pendant la traversée, on n'entend guère, à part le fisselis de l'onde déchirée par l'étrave, au rythme des avirons, que des phrases banales loin des pensées de l'esprit et des souçis du coeur.
..........
Les jours suivants, chacun circule comme un corps sans âme. La surprise nous a fait automates dans des bruits inaccoutumés.
Pas de nouvelles !
Mais de la confiance, ce premier point du cran.
La Marne nous fait savoir que l'heure a été dure, presque fatale.
Mais la France ne croit pas avoir frôlé l'irrémédiable.
Puis les choses se stabilisent : l'invraisemblable devient normal; les esprits s'adaptent, la vie reprend sous une forme nouvelle, inconnue jusqu'alors; elle reprend avec la souplesse d'une vitalité plus forte que les événements.
Le temps passe.
..........
Les uniformes, les tenues, les dolmans, les vestes, les tuniques, les garances, les bleus clair et sombres, les noirs, les rouges sont devenus un iris léger, un gris azuré comme la brume de notre presqu'île au matin du 2 août.
..........
Chacun est devenu un bleu de la guerre, déteint en un bleu horizon.
..........
Petites capotes bleues, offrant sans défaillance vos douloureuses silhouettes aux balles et aux obus des tranchées, offrant vos plis flottants aux torpilles sous-marines.
Petites capotes bleues, vous reveniez au pays en permission; c'était la trêve bénie.
Puis vous repartiez, puis vous reveniez, comme à l'heure d'un métier.
Mais quelque fois, hélas l'une d'elles ne revenait pas. Elle était là-bas, sur les lignes ou là-dessous, au fond de l'eau, le suaire définitif, le dernier linceul, le linceul horizin où dorment les dieux morts, pour reprendre une illustre expression de la prière sur l'acropole.
..........
Vous êtes morts simplement, tristement, au bout d'un douloureux calvaire, sombre Golgotha des enfants d'ici-bas. Vous êtes morts sans pose, sans phrase, tout comme vous aviez accompli votre devoir.
Vous êtes morts parce que la balle homicide, l'obus criminel, la sournoise nappede gaz ou l'immonde et lâche torpille est venu vous trouver là ou votre devoir vous avait commandé d'aller et de demeurer pour toujours.
Trembler de peur, suer d'angoisse, grelotter d'anxiété, mais rester fidèle quand même à son poste. Voilà le grand courage.
Le courage, c'est dompter la bête qui tremble.
Pourtant, souvent dans la boue glacée, dans la poussière surchauffée, une nostalgique pensée venait planer sur le foyer auprès de vos familles.
Ponctuels comme de jeunes recrues, vous rentriez à l'heure exacte à la fin de vos permissions, vous arrachant aux vôtres, tristes, déchirés, c'est vrai, mais fidèles quand même. Vous laissiez le bonheur au foyer familial, pour courir à la douleur et vous trouver exacts au rendez-vous donné par la mort.
Sans vous, nous aurions connu les horreurs de l'invasion; nous aurions subi la honte de la défaite; nous souffririons encore l'ignominie de l'occupation.
Sans vous !
..........
Sans vous, le soleil de notre petite commune serait terni par l'ombre oppressive d'un vainqueur abhoré.
Vous avez coûté des deuils; vous avez ouvert des plaies incicatrisées. Mais en revanche, vous avez inscrit en nos cœurs un crédit inépuisable de regret et de reconnaissance.
..........
Il me semble entendre votre voix nous dire : Mamans, ne tremblez plus; mamans, ne pleurez plus, vos petits grandiront. La paix est parmi nous. Travaillez avec courage, vivez la vie avec plénitude, vous, revenus de la fournaise ou restés hors de la tuerie. La paix est parmi vous.
Vieillissez tranquilles et heureux, ancêtres sur le déclin; vos dernières neiges fonderont sur un nouveau printemps. Vos yeux se fermeront sur l'aube de la paix.
Ainsi parle l'âme des morts planant au-dessus du chaos humain dans l'éther paisible des sommets de l'au-delà.
Que chacun en son âme, dans l'intimité de son cœur, prie comme il sait, sans mots et sans formules, s'il ne sait.
Mais aussi que chacun en son âme, en son cœur, soit fier de la beauté de leur sacrifice, de la grandeur de leurs vertus épiques.
Honneur à eux ! qui ont écrit une page immortelle dans les fastes de la France et de l'humanité. Saluons bas ! et prenons leur devise :
Et l'honneur aux grands cœurs est plus cher que la vie.
[...]

Landévennec    guerre                           

article issu de : La Dépêche de Brest    

 
 
 

 

 

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