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 n° 2564

Fusillade sur la plage de Morgat, Crozon pris d'assaut !

09/06/1922 

Le port de Brest est-il à l'abri d'un coup de surprise ?

Une manœuvre a eu lieu l'autre nuit, qui tend à démontrer que la place pourrait être prise à revers
Brest est-il, actuellement, à l'abri d'une attaque par mer ? L'intéressant exercice qui s'est déroulé, hier matin, dans la baie de Morgat et la presqu'île de Crozon, tendait à démontrer que non. Un débarquement serait chose aisée dans l'état présent de la défense de nos côtes, et l'on ne pense pas, dans les milieux maritimes, que les cinq cents soldats de la garnison de Brest, portés en hâte sur le point menacé, pourraient empêcher l'occupation par l'ennemi éventuel de toutes les hauteurs dominant notre ville.

La manœuvre
Le thème de la manœuvre exécutée peut se résumer ainsi :
La guerre vient d'être déclarée.
Le gouverneur de la place forte, informé qu'une flotte ennemie cingle vers la baie de Douarnenez, envoie immédiatement toutes les forces dont il dispose dans la presqu'île de Crozon. Ces forces sont, on le sait, extrêmement réduites.
Artilleurs et fantassins prennent place sur les remorqueurs de la direction des mouvements du port, débarquent au Fret et Lanvéoc, puis vont prendre position le long des côtes.
Le 19e régiment d'infanterie de ligne est commandé par le chef de bataillon Biès, remplaçant le colonel Flye Sainte-Marie, en mission, et l'artillerie par le capitaine Lespina.
Les troupes, placées sous le commandement supérieur du lieutenant-colonel Lozivit, du 2e colonial, ont pour mission de s'opposer au débarquement, de défendre les crêtes et les ouvrages fortifiés.

La flotte ennemie

C'est la division navale du Nord, commandée par M. le contre-amiral Lequerré, qui figure la flotte ennemie.
Cette escadre ne se compose aujourd'hui que de quelques bâtiments ; cuirassé Voltaire, battant pavillon amiral; torpilleurs Mécanicien principal Lestin, Enseigne Roux, Buino, Vesco et Delage; mais elle est censée porter un corps de débarquement de trois mille hommes et être suivie de transports ayant à leur bord de la grosse artillerie.
Le capitaine de corvette Daniel, commandant du corps de débarquement, a ordre de s'emparer du fort de Crozon et de toutes les hauteurs de la presqu'île.

Crozon en état de siège

Mercredi soir, quand nous arrivons à Crozon, l'animation la plus vive règne autour du vieux clocher. Une batterie d'artillerie stationne sur la place de l'Eglise et, de tous côtés, les villageois accourent, font fête aux canonniers. Ceux-ci ont logé la veille chez l'habitant; ils vont partir, et c'est à qui leur serrera la main.
Tirées par six forts chevaux, les pièces s'ébranlent; elles suivent la route de Morgat et vont prendre position dans le petit bois de sapin de la pointe Cador.
Cependant, dans les prairies voisines de la plage, les bleu horizon se pressent autour des cuisinas roulantes. Assis sur les talus ou dans les prés, ils dînent en hâte.
6 h. 15 : les clairons sonnent le rassemblement, des ordres retentissent.
L'arme à la bretelle, les fantassins se mettent à leur tour en marche.
Les uns vont rejoindre les artilleurs au bout du port; les autres obliquent à gauche et suivent les sentiers habituellement fréquentés par les douaniers. Ils demeureront, là toute la nuit, dans l'attente de l'attaque prochaine.
Le ciel, très pur durant la journée, s'est couvert. Un voile de brume s'étend sur la baie favorisant les desseins de l'ennemi.
Neuf heures ; le vice-amiral Schwerer, commandant en chef, préfet maritime et gouverneur de la place, se promène sur la plage en conversant avec le général Prax, commandant du 11e corps d'armée.
Nous remarquons également à ses côtés le général Pernot, commandant la subdivision; le capitaine de vaisseau J. Lequerré; le capitaine Boucher, de la place forte; le lieutenant de vaisseau Hameury, aide de camp de l'amiral, et les officiers d'ordonnance des généraux.
La plage, à cette heure, est déserte. Elle est gardée par des centaines d'hommes; mais pas un bruit, rien ne révèle leur présence. On n'entend, dans la nuit, que le bruit des vagues.

L'attaque

3 h. 45 : La fusillade crépite brusquement, réveillant, en sursaut les touristes et les habitants du port.
Voici l'ennemi ! Favorisée par une nuit sans lune et une forte brume, l'escadre a pu s'approcher très près de la côte sans être aperçue. Sa présence n'a été révélée que par un faible bruit, sans doute celui produit par la chaîne de l'ancre du Voltaire au moment où ce cuirassé mouillait devant Morgat.
Mis à la mer tout aussitôt, vedettes et canots, portant les fusiliers et canonniers, se sont dirigés sur trois points différents.
C'est le détachement formé par le Delage et le Vesco, et commandé par les enseignes de vaisseau Harney et Laimé, qui atterrit le premier. Accueilli par les salves des 75 du capitaine Lespina et la fusillade des bleu horizon, il aurait subi de lourdes pertes, mais serait parvenu néanmoins, estime-t-on, à prendre position sur le môle du petit port et à s'y maintenir.
Pendant près de dix minutes, fusils et mitrailleuses font rage, des fusées vertes et rouges s'élèvent, et, au loin, on entend le bruit sourd des canons du Voltaire, qui bombardent le fort de Crozon. Va-t-il répondre? Non, il se tait, et son silence encourage les assaillants, qui s'élancent à l'assaut des positions de l'infanterie.

Les fantassins se défendent avec vigueur. Voyant cent marins devant eux, ils crient : « On les aura ; hardi les gars ! » Mais l'officier au brassard blanc — l'arbitre — intervient : « Ils sont cent, il est vrai, mais ils représentent une force, dix fois plus importante. Le port est pris. Repliez-vous! »
La sonnerie bien connue retentit : « Cessez le feu ! » Et les troupiers se replient en combattant sur le Ménez-Trégal.
Dix minutes s'écoulent. Une nouvelle pétarade éclate. Mais, cette fois, c'est à l'autre extrémité de la plage. Conduite par le lieutenant de vaisseau Rabaud, la compagnie de débarquement du Voltaire a mis pied à terre devant l'hôtel Péchin, sous les fenêtres mêmes du vice-amiral Schwerer et du général Prax.
Là aussi le combat est vif. On se canarde presque à bout portant. Bleus et blancs s'acharnent; aucun des deux partis ne veut s'avouer vaincu.
Le colonel Lozivit, directeur de la manœuvre et chef des arbitres, met enfin un terme à la fusillade.
On apprend alors qu'une autre colonne, commandée par l'enseigne Pluyette, a débarqué à Trébéron, près de l'île L'aber, et qu'un quatrième détachement, parti de Dinan, fait route sur le fort de Crozon.
Cette compagnie ne figure, en réalité, que sur le papier. Mais il est démontré que l'amiral Lequerré aurait pu mettre à terre sans un seul coup de fusil arrêtât sa marche.

La défense des crêtes
Un court repos est ordonné pour permettre aux marins de souffler et aux artilleurs et aux fantassins de se porter sur leurs positions de repli.
La manœuvre s'effectue dans le plus grand ordre. Le commandant Biès, à cheval, parcourt la ligne et s'assure que chaque unité est bien à sa place.
L'un des points stratégiques les plus importants c'est-à-dire le nœud de routes conduisant à Crozon, Camaret et Dinan, est défendu par la compagnie du capitaine Galache. Bien défilés dernière les villas et les buissons, les fantassins attendent les matelots. Ceux-ci, entièrement vêtus de blanc, s'avancent, en file indienne, le long des talus.
Du pied du vieux moulin où nous avons pris place, nous les voyons s'avancer en rampant au milieu des blés et des coquelicots.
Laisse-les venir, dit un sergent. On va leur dire bonjour. Attention, feu !
Pan ! Pan ! Pan ! Les bleu horizon doivent faire mouche à tout coup. Surpris, les marins se couchent derrière des plants de pommes de terre et de hautes herbes. Ils ripostent. Les mitrailleuses entrent alors en danse et pendant vingt minutes, leur tac-tac répondra au claquement sec des fusils.
La première partie, de l'exercice s'est déroulée dans la nuit noire. Mais, maintenant, il fait grand jour et l'on suit très aisément, la manœuvre.
Tandis que l'on combat, pour la conquête du moulin, une autre colonne de marins, à la tête de laquelle nous voyons le commandant Daniel et le capitaine Rabaud, monte la grand'route. Elle parvient aisément à cent mètres de l'ancienne gendarmerie, mais deux mitrailleuses la prennent en enfilade; si ç'avait été pour de bon, il y aurait eu de la casse.
De toutes parts, la poudre parle. L'ennemi avance; mais, dans la réalité, sa progression lui eût coûté cher.
Assailli de tous côtés, le capitaine Galache doit cependant abandonner sa position. Il se replie sur la cote 60, dernier point de résistance.
Le commandant Daniel, maître du terrain si âprement défendu par le 19e, ordonne alors l'assaut du fort de Crozon, et cet ouvrage, qu'on admet démantelé par les grosses pièces du Voltaire, tombe bientôt aux mains de l'ennemi.
A partir de ce moment, l'envahisseur est en possession des principaux points stratégiques de la presqu'île. Brest serait sous le feu des pièces de siège.

Cessez le feu !
L'exercice a pris fin vers 9 h. 30, après une ultime résistance des artilleurs et des bleus sur la côte 60.
Les troupes ont alors regagné Crozon et Lanvéoc, où elles jouiront jusqu'à ce matin d'un repos bien gagné.
Quant aux marins de l'escadre, dont la souplesse et l'entraînement ont été remarqués de tous, ils ont rejoint sans arrêt la plage de Morgat.
A 10 h. 30, ils s'embarquaient dans les canots, et, à deux heures, toute l'escadre, Voltaire en tête, appareillait pour Brest.

Quel enseignement tirer de cet exercice ?
A dire d'expert, la preuve serait faite de l'insuffisance des moyens de protection actuels. Le goulet est solidement tenu, mais la place pourrait être prise à revers par une force ennemie opérant suivant un plan analogue à celui du contre-amiral Lequerré.
En prévision de ce danger, il conviendrait d'augmenter la garnison de Brest et de prendre un ensemble de mesures sur la nature desquelles il ne nous appartient pas de fournir d'indications.
Nul doute que les partisans du projet de défense des côtes ne s'emparent du récit de cette manœuvre pour s'en faire un argument; mais il n'est pas dit que les détracteurs du dit projet s'avouent vaincus aussi aisément que les défenseurs de la presqu'île de Crozon.
Voilà bien, des discussions en perspective !
Mais ce qui est hors de doute et ce que nous tenons à signaler particulièrement, c'est l'entrain et l'endurance dont ont fait preuve soldats et marins au cours de cette nuit de fatigue.

Crozon    Brest    Morgat    manoeuvre    Le Fret    Lanvéoc   tourisme        

article issu de : La Dépêche de Brest    

 
 
 

 

 

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