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 n° 326

Une coupable d'infanticide avoue son crime à Crozon.

06/02/1908 

Une singulière affaire à Mespaul

Une fiancée délivrée clandestinement — Mort du petit être — Le cadavre erre de Mespaul à Brest et à Crozon dans un panier. — Descente du parquet
Mespaul, 5 février.
A Mespaul — comme dans tous les petits pays on potine, et la principale distraction de bien des gens, consiste à casser du sucre sur la tête des voisins. Or, il y a quelques mois, le bruit se répandit dans le pays qu'une fille de la commune, Mlle Marie-Yvonne S., avait accouché clandestinement.
Le parquet de Morlaix, avisé, se porta aussitôt sur les lieux. Interrogée par le juge d'instruction, Marie S.avoua avoir été délivrée d'un enfant mort-né, mais elle refusa de faire connaître l'endroit où elle avait caché le petit cadavre.
Un mandat d'amener fut lancé, le 28 novembre, contre l'inculpée, qui fut incarcérée à la prison de Morlaix. Le médecin légiste appelé pour visiter la jeune fille déclara que cette dernière n'était pas coupable, et Marie S. bénéficia d'une ordonnance de non-lieu.
Cette affaire semblait oubliée, lorsque, mardi soir, à quatre heures, les gendarmes de Saint-Pol de Léon furent prévenus par une lettre pressante de M. Person, adjoint au maire de Mespaul, que la fille S. avait quitté le domicile de ses parents après avoir — pour la seconde fois — accouché clandestinement.
Lorsque le brigadier Scudeller — qui avait instruit la première affaire — apprit cette nouvelle, il se demanda s'il rêvait. Il enfourcha néanmoins son grand cheval blanc et partit à fond de train, vers Mespaul, accompagné du gendarme Dréno. L'enquête fut rapidement bâclée ; voici ce qu'elle révéla :
Jean-Pierre Paul, cordonnier, 24 ans, né à Lambézellec, arriva à Mespaul il y a trois semaines environ, après avoir passé deux ans au Canada. Chez son oncle, M. Hamon S., cultivateur au village de Kerhuel, il renoua connaissance avec la jeune Marie, qu'il avait connue gamine. Les deux jeunes gens parlèrent amour et ne tardèrent pas à se décider à s'unir.
Les parents de la jeune fille furent très honorés de la demande en mariage faite par Paul et autorisèrent ce dernier à faire un petit voyage de fiançailles avec sa future femme.
C'est vers Saint-Servais, où habite la famille Laurent que le couple se rendit tout d'abord. Les jeunes gens furent reçus à bras ouverts par les époux Laurent, dont un des fils avait été le compagnon d'aventures de Paul. On fit ripaille pour fêter le retour du camarade du « fieu », puis on se coucha.
La jeune fiancée prit place avec les deux filles de la maison dans un compartiment du lit-clos, tandis que le jeune homme se couchait dans l'autre.
Tout à coup, alors que tout dormait dans la maison, Mlle Laurent fut réveillée en sursaut par des plaintes que poussaient Mlle Marie S..
Vous êtes malade ? demanda-t-elle.
Oh ! oui, répondit la jeune fille. Je souffre beaucoup de... l'estomac.
Ne vous alarmez pas. Je vais vous chauffer du lait.
Et Mlle Laurent se leva, alluma le feu, tandis que le fiancé, aux petits soins de sa future, suppliait cette dernière de l'autoriser à aller chercher un médecin.
Je ne veux pas, répondit-elle avec énergie. Je me sens mieux ; dans quelques minutes je ne souffrirai plus du tout.
Et, ce disant, avec un courage inouï, elle mettait au monde un gros garçon, qu'elle dissimula sous les couvertures, près d'une fillette de cinq ans, qui ne s'aperçut de rien. Il est bon d'ajouter que pour faire taire le marmot, qui avait poussé quelques vagissements, la mère dénaturée lui avait enfoncé le doigt dans la bouche.

Tout cela se passa, dit-on, sans que les époux Laurent et le fiancé ne soupçonnèrent ce qui s'était passé.
Enfin, vers neuf heures, Marie S. se leva ; elle cacha dans un panier ventru le corps de son bébé et prit place avec son fiancé dans une voiture de place qui conduisit le couple à la gare de Landerneau.
Quelques minutes plus tard, portant toujours le petit cadavre dans le panier, Marie S. s'installait dans le train de Brest avec Paul. Ce dernier, qui s'inquiétait de la pâleur de sa compagne, insista pour que la jeune femme consultât un médecin, à Brest, mais Marie S. s'y refusa.
Les jeunes gens traversèrent notre ville en tramway, s'embarquèrent sur un des vapeurs brestois et arrivèrent au Fret à 2 h. 30 de l'après-midi.
M. Andrieux, sous-brigadier des douanes, cousin de Paul, accueillit tout le monde très agréablement, ne se doutant pas un seul instant que le panier de sa future cousine contenait le macabre colis que l'on sait.
Le couple passa toute la journée de dimanche dans cette maison hospitalière.
Lundi matin, on but une dernière fois au bonheur des heureux fiancés ; puis ces derniers partirent pour la cure de Crozon.
M. Jacq, curé-doyen de la paroisse, parent de Paul, se montra enchanté de la visite de son petit-cousin. Il invita les jeunes gens à déjeuner, ainsi que la sœur de Paul, institutrice libre à Crozon.
Cette dernière, le repas achevé, voulut montrer le bourg à sa future cousine, et partit avec elle à la foire. Cependant, la bonne du curé examinait avec soin le panier, pensant, sans doute, qu'il contenait quelque victuaille.
Apercevant une chair rosée à travers l'osier, elle crut qu'il s'agissait d'un petit cochon de lait, souleva le couvercle. Horreur ! le cadavre de l'enfant, maculé de sang, gisait dans une serviette, qui s'était entrouverte pendant le trajet. Affolée, perdant la tête, elle courut à travers le bourg cherchant M. le curé, auquel elle fit part le la découverte qu'elle venait de faire.
M. Jacq, très émotionné questionna très habilement la jeune fille, qui avoua le crime qu'elle avait commis. L'ecclésiastique, très perplexe d'abord, ne tarda pas à conseiller à la jeune fille d'aller immédiatement se constituer prisonnière.
Nous laissons deviner la mine piteuse du fiancé.
Bref le petit cadavre, toujours dans son cercueil d'osier, fut retransporté de Crozon au Fret dans une voiture ; du Fret à Brest en bateau, de Brest à Landerneau en chemin de fer et de cette dernière ville à Mespaul, en voiture. Durant tout ce trajet, les forces de la mère coupable ne se trahirent pas un seul instant.
Le premier soin de Paul, en arrivant au pays, fut de révéler au père de la jeune fille le crime que cette dernière avait commis. Le pauvre homme demeura stupéfait ; mais il se ressaisit bien vite et alla raconter au maire ce qui s'était passé.
Le parquet de Morlaix, avisé télégraphiquement, s'est porté sur les lieux cet après-midi, avec le médecin légiste.
L'autopsie du corps de l'enfant — qui pesait huit livres — a révélé qu'il était né vivant et viable et était mort, étouffé par sa mère. Marie S., interrogée, a déclaré qu'elle savait qu'elle allait mettre bientôt son enfant au monde, mais qu'elle ne s'était pas demandé un seul instant ce qu'elle en ferait.
Paul, dont le désespoir faisait peine à voir, hier, a noyé son chagrin aujourd'hui.
Cette histoire, dont on parlera longtemps, a causé une grosse et bien compréhensible émotion dans la contrée.

 
Marie-Yvonne S., inculpée d'infanticide par imprudence, a été condamnée à un an de prison, avec sursis (Dépêche du 28/03/1908).
 
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article issu de : La Dépêche de Brest    

 
 
 

 

 

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