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 n° 399

Elections à Argol : entre auberges et église.

31/10/1885 

Nouvelles et renseignements

Argol. — On nous écrit le 26 octobre :
L'Océan, dans son numéro du 23 courant, a publié un récit tellement fantaisiste de notre élection d'Argol, que je crois devoir recourir au Finistère pour en rétablir la véritable physionomie. Je ne vous parlerai, d'ailleurs, que des manœuvres monarchiques; car je crois qu'il est permis de dédaigner les attaques aussi niaises qu'injustes dirigées par l'Océan contre le parti républicain.
M. Soubigou, traînant à sa suite M. de Legge, a fait le tour de notre canton. Il présidait le 25 septembre, dans une auberge du bourg, une réunion électorale composée d'une soixantaine d'électeurs d'Argol et de Telgruc; c'est le président du conseil de fabrique qui était allé la veille en voiture faire les convocations.
Plus éloquent qu'au Sénat, M. Soubigou a parlé pendant une grande heure de la crise agricole, des écoles sans Dieu, des dettes de la République, des massacres du Tonkin, etc. Vous connaissez cette litanie, n'est-ce pas? La seule chose dont il n'ait pas parlé, c'est de ce qu'il pense sur le compte de M. de Legge. Il est vrai que, s'il s'était mis en tête de répéter tout le mal qu'il a dit de lui naguère, le discours aurait duré jusqu'après l'élection.
Pondant que coulaient sur eux ces flots d'éloquence, les auditeurs mangeaient tranquillement, peut-être pour s'empêcher de dormir. Voulez-vous le compte de ce rastell peu luxueux ? Le voici : dix-huit kilogrammes de pain, deux kilogrammes de beurre, quatorze litres de vin, deux litres d'eau-de-vie, sans compter une goutte que chacun a bue en entrant. Le bureau de tabac a été dévalisé de fond en comble: on n'y a trouvé que 73 cigares, qui ont été distribués aux assistants. Ah ! le souvenir des largesses de M. Soubigou n'est pas près de s'effacer dans notre pays reconnaissant !
Mais ce n'était là qu'un avant-goût. La dépense monarchique a dû être bien autrement forte lorsqu'est venu le grand jour, le jour du scrutin.
Dès six heures du matin, une quinzaine d'agents monarchistes étaient sur pied, chacun d'eux payé à un prix différent, selon le degré d'influence qu'on lui attribuait : on m'assure qu'à lui seul le chef de file avait perçu 150 fr. pour achat de votes et distribution de boissons. Quatre auberges, louées par eux, leur servaient de quartier général : on y conduisait publiquement les électeurs qu'on escortait ensuite non moins publiquement jusqu'au scrutin. Marguilliers et bedeau étaient aux premiers rangs de cette glorieuse phalange. Le bedeau, du reste, avait passé la semaine précédente à faire sa quête annuelle, et en avait profité pour distribuer dans chaque ménage les bulletins monarchistes, accompagnés de quelques bonnes paroles, le tout au nom du recteur. Ce surcroît de besogne sacrée avait même eu pour effet de faire durer la quête un jour de plus que d'habitude.
A la première heure du scrutin, les républicains, surpris par le déploiement de force de leurs adversaires, perdirent un certain nombre de voix. Ils avaient, en outre, une circonstance malheureuse contre eux : les bulletins de la liste républicaine, beaucoup plus grands que les autres, étaient facilement reconnaissables, et plus d'un électeur hésitait à s'en servir. L'idée nous vint alors de tailler ces bulletins à coups de ciseaux pour les réduire, à peu près au même format que les listes monarchiques. A partir de ce moment, nous reprîmes l'avantage : si nous nous étions avisés de ce procédé la veille, je crois bien pouvoir dire que toutes les manoeuvres des monarchistes ne leur auraient pas rapporté plus d'une soixantaine de voix.
Une petite scène égaya un moment cette matinée. Le président du Conseil de fabrique, chef des agents monarchistes, avait abordé un républicain et prétendait lui faire la leçon. Mais il trouva à qui parler, et la discussion ne tourna pas à son honneur. Pour le tirer de ce mauvais pas, il fallut que sa femme, intervint et l'entraînât pour le mettre hors d'atteinte, an milieu des éclats de rire des curieux assemblés.
Voici qui est plus grave. A la messe du matin, le recteur fit, en guise de sermon, une véritable diatribe électorale.
Il parla du Tonkin, de milliers des gens massacrés dans ce pays lointain.

Puis, faisant une allusion très claire aux candidats républicains, il s'écria qu'il fallait se délier des livitenn (gens à redingote] qui parcourent le pays sans mettre les pieds dans une église et sans savoir ni prière, ni catéchisme.
A la grand'messe, le sermon recommença sur un ton encore plus accentué: "Nous faisons tous les jours des prières publiques pour le triomphe des bons chrétiens", dit à peu près le prédicateur ; n'allez donc, pas vous mettre du côté de ces gens qui ne viennent pas assister à nos prières, etc." — Je ne sais si je me trompe ; mais il me semble que les oreilles ont dû tinter terriblement à Monseigneur l'évêque de Quimper, le 4 octobre dernier!
La journée se passa, et on arriva au dépouillement, qui fut marqué par quelques incidents.
Un membre du bureau, dont les opinions monarchiques sont connues, avait une singulière attitude en retirant les bulletins de l'urne. Etait-ce un bulletin monarchiste, il enflait sa voix et prononçait d'un ton solennel : Monseigneur Freppel ! Etait-ce un bulletin républicain, au contraire, il disait comme à regret : Rousseau ! tout sec et tout court.
Un autre membre du bureau, agacé à la longue par ce manège, s'adressa tout-à-coup à son collègue : "Ne pourriez-vous au moins, lui dit-il, faire au nom de Rousseau la politesse du Monsieur, quand vous donnez à son collègue du Monseigneur" ?
Autre trait monarchiste. Un scrutateur de ce parti était chargé de faire le pointage des bulletins de la liste cléricale. Il en annonça 139 comme résultat de son calcul. M. l'adjoint-maire intervint et exprima l'avis qu'il devait y avoir erreur : il demanda que les bulletins fussent repris et comptés à nouveau. On recompta donc, et l'on ne trouva plus, dans cette nouvelle épreuve, que 107 bulletins monarchistes !
Voilà pourtant ce que le correspondant de l'Océan qualifie d'observations saugrenues en les reprochant à l'adjoint! Il eût mieux valu laisser passer l'erreur, n'est-ce pas? On peut se demander alors de combien d'erreurs de ce genre les candidats de l'Océan ont dû bénéficier dans des communes moins surveillées.
Notre recteur prenait part au dépouillement, en qualité de scrutateur : il avait tenu à venir juger sur place de l'effet de ses sermons. Quelle déception, quand la majorité républicaine fut proclamée ! Le pauvre homme se retira tout penaud au milieu des cris de : Vive la République ! qui remplissaient la salle du scrutin.
Sa mauvaise humeur durait encore le lendemain : car il accueillit fort mal un conseiller républicain qui venait régler avec lui le prix d'une messe et d'un service : si bien que ce dernier, après s'être présenté à deux reprises, fut obligé de s'en aller — chose incroyable ! — sans avoir pu faire accepter son argent.
Le dimanche qui suivit le vote, l'accès de mauvaise humeur n'était pas passé et trouva l'occasion de s'épancher dans un nouveau sermon. « Les mauvais chrétiens, dit le recteur, sont nombreux dans cette paroisse. Mais ils ont eu beau faire: les bons ont triomphé, et vont devenir les maîtres, grâce à mes prières, grâce à Notre-Dame du Rosaire dont la fête était célébrée dimanche... etc." La série n'est pas finie; car nous avons eu pas plus tard que dimanche dernier, un autre sermon où le recteur s'est attaché à soutenir cette thèse que ses paroissiens doivent lui obéir en toute circonstance. Songe-t-il déjà à une nouvelle élection ?
Un dernier mot à l'adresse de l'Océan. Son correspondant assure qu'un conseiller municipal a été perdu le jour de l'élection et qu'on ne l'a retrouvé, très-détérioré, que le lendemain. Je n'ai pas de peine à l'en croire : car le soir du vote, à minuit, quatre des agents monarchistes, parmi lesquels trois conseillers, étaient encore attablés dans un cabaret qui avait été le théâtre de leurs exploits de la journée. Vous pouvez juger par ces détails, qui ne pourront être démentis, combien le parti monarchique a mis d'ardeur et employé d'intrigues pour obtenir dans notre commune la majorité, qui cependant lui a échappé.
Honneur à ceux qui lui ont tenu tête et l'ont vaincu ; honneur aux braves républicains d'Argol !

Argol    élection    religion    politique                   

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 
 
 

 

 

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