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 n° 904

Visite ministérielle et manœuvres en baie de Douarnenez.

06/08/1898 

Le ministre de la Marine à Douarnenez.

Les manoeuvres navales.

Essayons de résumer, en notes rapides, la journée d'hier, si remplie pourtant.
L'annonce de la visite du ministre avait produit à Douarnenez un émoi qu'on devine. Aussi, dès l'heure la plus matinale, la ville offre-t-elle sa physionomie des grandes fêtes. Dans les rues zigzagantes qui avoisinent le quai du Rosmeur, l'animation est incroyable et s'accroît sans cesse par l'affluence des visiteurs amenés de Quimper et d'Audierne à chaque train. Les drapeaux flottent partout aux fenêtres; une double ligne de mâts pavoisés jalonne l'itinéraire que va suivre le ministre pour se rendre à la mairie.
En face des halles, un arc de triomphe achève de s'édifier ; sa décoration est charmante et, par une ingénieuse idée, des filets de pêche y entrent pour une bonne part. N'oublions pas surtout le merveilleux spectacle du bassin, rempli de centaines de bateaux de pêche qui tous arborent les couleurs nationales au plus haut de leur mâture. En revanche, on chercherait vainement des yeux, sur toute l'étendue de la vaste baie, du Ris au cap de La Chèvre, un bateau qui ne chôme pas aujourd'hui !
Plus l'heure avance, et plus s'épaississent les rangs des curieux venant au rendez-vous commun. Ce sont de vraies grappes humaines qui garnissent les rampes au-dessus du Rosmeur. A lui seul, ce spectacle eût valu le voyage.
Vors 10 heures 1/4, le Cassini, ayant à son bord le ministre, est signalé. Il traverse à toute vapeur la baie, avec une escorte de quatre torpilleurs, et vient mouiller à 500 mètres du port.
Des embarcations se détachent aussitôt : elles amènent à terre une compagnie de débarquement qui se range sur le môle pour rendre les honneurs réglementaires. Peu après, les sonneries du bord annoncent que le ministre descend à son tour. On voit le canot qui le porte franchir rapidement la distance et s'arrêter au point voulu.
M. Lockroy gravit l'escalier — assez peu décoratif — qui donne accès au môle. Derrière lui apparaît une série de personnages officiels : M. le vice-amiral Fournier, préfet maritime de Brest ; M. le général Delaissey, de l'artillerie de marine ; M. le capitaine de frégate de la Croix de Castries, commandant le Cassini ; MM. Ignace et Labat, chefs du cabinet civil et du cabinet militaire ; les officiers d'ordonnance du ministre, etc. Pour le recevoir, il trouve M. le maire de Douarnenez et ses adjoints, MM. Cosmao-Dumenez et Hémon, députés, d'autres encore. Les premières salutations s'échangent, et le ministre s'entretient quelques instants avec ses collègues de la Chambre, puis avec M. Le Du, patron du canot de sauvetage, dont le fils — un sauveteur de quatorze ans ! — est venu offrir un bouquet à M. Lockroy.
Le cortège se met en marche. Son arrivée à l'entrée du môle est saluée par la Marseillaise, qu'exécute la musique municipale. Il n'est que juste d'accorder une mention spéciale à cette excellente société musicale, organisée et dirigée par M. Glâtre, directeur de l'école primaire supérieure de Douarnenez ; elle s'est prodiguée, à la grande satisfaction de tout le monde, et n'a pas peu contribué à rehausser l'éclat de la journée.
Sur le quai stationnent des voitures dans lesquelles montent le ministre et ses compagnons. Ils passent d'abord devant l'abri du canot de sauvetage ; tout l'équipage est là, muni de ses agrès, sanglé dans ses ceintures de sauvetage, en véritable tenue de combat. Le ministre salue respectueusement ces braves, qui personnifient à un si haut degré l'esprit de dévouement et de courageuse abnégation.
La subdivision de sapeurs-pompiers, dont la bonne tenue et la belle allure sont beaucoup remarquées, est dispersée sur le parcours du Rosmeur à la mairie. Elle s'acquitte à merveille du service d'ordre qui lui est confié.
Service facile, d'ailleurs; car la population Douarneniste n'est pas de celles qui exigent un grand luxe de précautions. Massée en haies compactes sur le passage du cortège, elle ne lui ménage pas les marques de sympathie. Partout les bérets se soulèvent ; partout éclatent les cris de : Vive la République ! Vive le ministre ! Vive la marine ! Vive l'armée !
A la mairie, tous les fonctionnaires de la ville sont réunis. Nous remarquons aussi, parmi les assistants, MM. Damey, Bonduelle et Piriou, conseillers généraux ; M.. Béziers, conseiller d'arrondissement ; M. Billette de Villeroche, président du tribunal de commerce de Quimper; M. Roulland, conseiller d'arrondissement, maire de Concarneau ; M. le curé de Douarnenez et ses vicaires, etc.
Le ministre pénètre dans la salle d'honneur ; il prend place avec sa suite sur une estrade, et le défilé officiel commence devant lui.
Tout d'abord, M. Delécluse, maire, présente ses adjoints: il lit une allocution de bienvenue, dans laquelle il fait allusion à la crise que traverse la pêche, en priant le ministre de prendre ou de provoquer les mesures nécessaires pour y remédier.
Dans sa réponse, M. Lockroy dit que la crise de la pêche lui a déjà été signalée et a éveillé son attention.

Il est tout disposé à donner une première satisfaction aux doléances des marins-pêcheurs en rétablissant l'ancien mode de paiement des pensions de demi-solde, par mois et non par trimestre. Il fera étudier, par ailleurs, les questions qui les intéressent, avec le vif désir de venir en aide à une population maritime dont il connaît les titres exceptionnels à la bienveillance de l'Etat.
Ces déclarations, écoutées avec un vif intérêt par l'assistance, sont suivies de chaleureux applaudissements. On passe au vin d'honneur, offert par la municipalité. M. le maire de Douarnenez porte le toast d'usage au chef de l'Etat. M. Lockroy répond en buvant à la ville de Douarnenez.
La partie officielle de la fête est alors terminée. Mais des groupes nombreux de marins remplacent les fonctionnaires ; ils forment un cercle imposant autour du ministre, qui leur avait à l'avance accordé une audience spéciale. Tous les ports du Sud-Finistère ont là leurs délégués : Concarneau, Douarnenez, Audierne, Guilvinec, Penmarch, Treffiagat, l'île-Tudy.
Au nom des populations qu'ils représentent, MM. les députés Hémon et Cosmao exposent successivement leurs plaintes et leurs vœux. Ils font valoir combien la défense nationale est intéressée à ce que les pêcheurs de sardines soient secourus par tous les moyens dont l'Etat dispose, et ils expriment le souhait que le ministre actuel de la Marine se fasse, près des pouvoirs publics, le défenseur de cette bonne cause. L'influence gouvernementale sera souveraine, disent-ils, pour faire adopter par le Parlement les mesures d'ordre douanier ou d'ordre budgétaire auxquelles la pêche et les industries qui en dérivent devront leur salut.
A cet appel pressant M. Lockroy fait une réponse qui sort tout-à-fait des banalités officielles. Il promet de se faire près de ses collègues du ministère l'interprète des revendications bretonnes. Au besoin, il fera violence à ses propres sentiments libre-échangistes pour soutenir les intérêts qui viennent de lui être signalés. (Applaudissements prolongés).
Les discours s'achèvent en conversations ; après quoi, les délégations des ports du Sud-Finistère se retirent sous la plus favorable impression.
Il est midi, et chacun songe naturellement au déjeuner. Ce n'est pas chose aisée de trouver une place aux tables encombrées des hôtels de Douarnenez. Heureux qui n'a pas trop longtemps attendu ce jour-là le pain quotidien !
C'est à l'hôtel Le Tonquer qu'a eu lieu le déjeuner officiel, qui n'a été qu'une réunion intime : une quinzaine d'invités tout au plus y ont pris part, sous la présidence du ministre, qui avait en face de lui M. l'amiral Fournier. La musique municipale s'est fait entendre pendant ce temps aux abords de l'hôtel, et les auditeurs ne lui ont pas manqué.
Il est 3 heures environ, lorsqu'on signale l'arrivée de l'escadre du Nord, venant du large ; elle s'annonce par une vive canonnade échangée avec les forts de Crozon.
A la même heure, le Cassini quitte Douarnenez, avec le ministre à bord, pour aller prendre sa position de combat.
Vue des hauteurs voisines de la ville, l'opération paraît d'abord assez confuse. Les cuirassés s'avancent en ligne de file, enveloppés par instants d'une fumée qui s'élève et flotte, comme une couronne de nuages, au dessus de la presqu'île de Crozon.
Un soleil radieux favorise les manoeuvres; mais il est accompagné d'une brise de l'ouest qui assourdit l'écho de la bataille. Tout au plus le grondement des grosses pièces parvient-il à se faire percevoir.
Peu à peu, on voit le centre d'action se déplacer de Morgat à Pentrez et à la Lieue de grève. Le feu se prolonge avec une violence particulière, de la part de l'escadre, dans la partie de la baie située au-dessous de Telgruc. Quant aux batteries de terre et aux troupes échelonnées sur le littoral, elles restent invisibles à l'œil nu ou même à la lunette d'approche. L'emploi de la poudre sans fumée en est sans doute l'explication.
Après maintes salves d'artillerie échangées, le moment vient où les mastodontes à cuirasse croient pouvoir tenter le débarquement. On voit alors s'éparpiller sur la mer tout un essaim de blanches baleinières qui se hâtent vers le rivage et finissent par l'atteindre, chacune portant son plein équipage de combattants.
A terre, marins et troupiers se rencontrent. Selon le programme, ils commencent par se fusiller, puis cessent le feu, et tout s'achève dans une patriotique apothéose de fraternité.
Le clairon sonne, les marins se rembarquent et reviennent vers les navires silencieux. Le soleil disparaît dans un calme et pacifique crépuscule. Admirable journée ! il ne reste plus qu'à souhaiter à la France d'en tirer quelque profit.
Quant aux habitants de Douarnenez, nous sommes assurés que ce spectacle militaire et cette journée de fête ont laissé parmi eux une durable impression.



Visite d'Edouard Locroy, ministre de la Marine. Les officiels arrivant à bord du cuirassé Masséna (détail).
Tous droits réservés. Photo Holley. Cote : 2Fi11541. Source : archives municipales de Brest
 
On peut lire aussi le récit de cette journée vue par un journaliste du Figaro.
 
presqu'île    Douarnenez    manoeuvre    politique                   

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 
 
 

 

 

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