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36 article(s) cite(nt) le village de Saint-Fiacre , en Crozon

 


Pour retrouver un article dans son contexte chronologique, cliquez sur son numéro.

Elections à Saint-Fiacre : électeurs sans carte. 04/04/1877   
  n° 218

Nouvelles et renseignements

Crozon. — On nous écrit le 30 mars :
« Dimanche dernier, 25 mars, il a été procédé à l'élection d'un nouveau conseiller municipal, dans la section de Saint-Fiacre, en Crozon, en remplacement de M. Taburet, décédé. Au second tour de scrutin, M. Garrec a été élu à la majorité de trois voix. Cette fois encore, comme de coutume, plus du tiers des électeurs de la section n'a pu voter, n'ayant pas reçu de cartes d'électeurs.
Beaucoup se sont présentés au scrutin accompagnés de témoins ou d'amis,

mais on a refusé de recevoir leur bulletin. Si tous les électeurs étaient régulièrement convoqués, il n'y aurait jamais de scrutin de ballotage. »

Notre correspondant sait-il si les personnes qui n'ont pas reçu leurs cartes d'électeur avaient le droit de les recevoir ? N'avaient-elles pas négligé d'aller vérifier les listes électorales à l'époque où nous l'avons tant de fois recommandé ? Ont-elles enfin déposé une plainte en vue de constater une irrégularité quelconque? 

Crozon    élection    politique                          

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 

 

 

Inspection d'académie : travaux à faire dans les écoles du Finistère. 16/10/1894   
  n° 949

L'enseignement primaire dans le Finistère

(4e article).

M. l'inspecteur d'académie signale ensuite, dans son rapport, en regrettant d'y être obligé, les communes qui, « malgré l'insistance réitérée de l'administration, ne font rien pour transformer un état de choses aussi préjudiciable à la santé des enfants et des maîtres qu'au bon fonctionnement des classes et aux progrès des élèves. »
Voici cette regrettable nomenclature : Mahalon, qui ne possède aucune école publique; Plogonnec, qui deux fois déjà a refusé de délibérer sur un projet de reconstruction de son école en ruines; Lanriec, qui ne veut pas s'occuper de son école de filles du Passage; Crozon, dont l'école de Kerloc'h devra être interdite.
[...]
« Il est, dit ensuite le rapport, une question sur laquelle on ne saurait trop souvent rappeler l'attention des municipalités : à savoir l'entretien des immeubles scolaires et des réparations qu'il est nécessaire d'y faire de temps à autre si l'on ne veut pas qu'à un moment donné de gros travaux deviennent indispensables qui grèveraient autrement le budget communal que ne peuvent faire les dépenses d'un entretien rationnel. »

Des réparations urgentes s'imposaient, en février 1894, aux écoles de vingt-trois communes. Un certain nombre de ces réparations ont été faites depuis cette époque. D'autres sont devenues nécessaires. « Il est vraiment regrettable de voir, poursuit le rapport, que, faute de soins et de quelques travaux peu coûteux, des écoles même de construction récente, telles que celles de Saint-Fiacre (Le Fret) et de Saint-Laurent, en Crozon, ou celle de Hellan, en Saint Hernin, et un bon nombre d'autres ne tarderont pas à tomber au niveau des écoles les plus inhabitables du département.
[...]
Le rapport signale, pour terminer ce chapitre, les communes encore trop nombreuses qui se soustraient à l'obligation de blanchir, chaque année, leurs salles de classe. Il ne s'agit plus ici seulement d'une question de propreté et de bonne tenue des écoles. Si la nécessité de blanchir tous les ans les murs des salles de classe a été imposée aux communes, c'est qu'il y va de la santé des enfants qui sont appelés à vivre dans ces salles, et qu'il est urgent qu'on ne laisse pas s'accumuler, aux fentes des parquets et aux parois des classes, les germes de maladies dangereuses.  

Crozon    école    santé                          

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 

 

 

Horaires de la tournée de vaccination du docteur de Crozon. 18/06/1898   
  n° 488

Gazette bretonne - Finistère

Tournées de vaccination.
Voici l'itinéraire que suivra dans ses tournées de vaccination M. Louboutin, docteur-médecin à Crozon : Telgruc, le 23 juin, à 10 heures ; Argol, le 23 juin, à une heure; Trégarvan, le 23 juin, à 2 heures ; Crozon, tous les mardis, à 9 heures; section de Saint-Hernot, les 21 et 28 juin, à une heure ; section de Saint-Fiacre, le 29 juin, à une heure.

 

Crozon    santé                              

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 

 

 

Abordage et naufrage dans le goulet de Brest. 24/09/1898   
  n° 1646

Nouvelles départementales

Camaret
Accident maritime. — Hier, 21 septembre, vers 3 h. 1/2 du matin, le borneur Mille Vingt Francs, patron Alix, quittait Camaret pour se rendre à Brest.
Le vent était favorable, le bateau filait de sept à huit nœuds.
Entre la Fraternité et la pointe des Capucins, il vint donner dans la chaloupe de pêche le Saint-Joseph, patron Nicolas, de Saint-Fiacre, mouillé à environ 200 mètres de terre.


Ce dernier bateau, qui n'avait pas son feu allumé, pas plus que le bateau abordeur, a coulé au bout de cinq minutes.
Son équipage a été recueilli par le Mille Vingt Francs, qui l'a ramené à Brest, d'où il a rejoint Camaret.
Des dispositions ont été prises, aujourd'hui, pour essayer de renflouer le Saint-Joseph, mais elles sont restées sans résultat satisfaisant. 

Camaret    Roscanvel    abordage    naufrage    sauvetage                  

article issu de : La Dépêche de Brest    

 

 

 

Foires du mois de mai en presqu'île. 29/04/1899   
  n° 887

Foire du mois de mai

Arrondissement de Châteaulin. — Bolazec, le 13 ; Botmeur, le 26 ; Brasparts, le mardi de la Pentecôte ; Carhaix, le 10 ; Cast, le 15 ; Châteaulin, le 6 ; Chateauneuf, le 15 ; Clédén-Pohér, le 2 ; Collorec, le 15 ; Crozon, le 28 ; Le Faou, le 3 ; La Feuillée, le 2 ; Huelgoat, le 19 ; Lanvéoc, le 12 ; Laz, le 1er ; Lennon, le 22;


Locmaria-Berrien, le 29 ; Locronan, le 2 ; Loqueffret, le 29 ; Niver (en Edern), le 22; Pleyben, le 29 ; Plomodiern, le 19 ; Plonévez-du-Faou, le 12 ; Plouyé, le 30 ; Poullaouen, le 9 ; Roscanvel, le 5 ; Saint-Fiacre (en Crozon), le 10 ; Saint-Rivoal (en Brasparts), le 20 ; Spézet, le 23. 



Châteaulin. Un jour de foire
         lieu de conservation : Archives Départementales des Côtes d'Armor - cote : 43 FI 395
presqu'île    foire-marché                              

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 

 

 

Discours de M. le sous-préfet à la distribution des prix (Crozon). 05/08/1899   
  n° 1013

Gazette bretonne - Finistère

Crozon. — Nous donnons ci-dessous le texte du discours prononcé par M. Duval, sous-préfet de Châteaulin à la distribution des prix aux élèves des écoles de Crozon :

[...]
Ah ! je le sais, en imposant pour tous le devoir et l'obligation de s'instruire ; en décrétant que l'instruction primaire serait donnée gratuitement à tous les enfants du peuple, le gouvernement de la République a imposé de ce fait, - moins que personne je puis l'ignorer, des charges nombreuses et souvent très lourdes. Ces écoles qu'on a élevées partout sont notre orgueil à nous républicains et partant hommes de progrès.
[...]
« Pour assurer à tous et gratuitement l'enseignement primaire, les communes, disais-je tout à l'heure, doivent faire face aujourd'hui à de lourdes dépenses.
S'il reste encore, nous le savons, quelques lacunes à combler, quelques améliorations que le défaut de ressources n'a point encore permis de réaliser à Crozon, beaucoup a été fait et je dois en remercier votre municipalité. Au lendemain d'une catastrophe dont j'ai encore personnellement le souvenir et dont la douloureuse impression n'est surtout point près de s'effacer dans les cœurs des habitants de Crozon, au lendemain d'un deuil épouvantable, la construction de ce vaste groupe scolaire où nous sommes aujourd'hui en fête, a été entreprise. Le nombre des enfants qui y sont reçus est aujourd'hui tellement considérable que l'administration a dû prier la municipalité de se préoccuper de son agrandissement dès que ses ressources pourront le lui permettre.
« En raison de l'énorme étendue de la commune de Crozon, des dépenses nouvelles se sont imposées pour permettre d'assurer la fréquentation scolaire.

« Vos hameaux de Saint-Fiacre, de Saint-Laurent, de Saint-Hernot et de Kerloc'h ont été dotés d écoles. Ces deux dernières écoles ont dû, en raison du nombre élevé des élèves qui les fréquentent, être tout récemment dédoublées.
« Si je vous rappelle cette situation, ces résultats déjà obtenus, c'est afin de me donner l'occasion, Messieurs, d'en tirer les conclusions qui en découlent tout naturellement. Le nombre croissant des enfants qui fréquentent les écoles communales témoigne à votre municipalité combien les dépenses qu'elle a consenties pour la construction et l'amélioration de ses locaux scolaires répondait à un besoin urgent ; les résultats obtenus doivent être pour elle la meilleure récompense de ses sacrifices et un encouragement précieux pour réaliser ce qui peut être encore utile pour compléter cette œuvre.
« Cette nombreuse fréquentation m'amène ensuite à féliciter les parents de comprendre ce qu'on a appelé le « Devoir scolaire ». Que les mères de famille qui m'écoutent me permettent de leur rappeler que c'est à elles le plus souvent, dans cette commune où elles restent à la maison pendant que le père va au péril de sa vie arracher à la mer et disputer aux flots sa pêche qui doit assurer le pain de la famille, c'est à elles à veiller à ce que leurs enfants fréquentent assidûment et régulièrement l'école ; que celles-là manqueraient grandement à leurs devoirs qui ne feraient pas le nécessaire pour que leurs enfants apprennent aujourd'hui ce qui leur sera nécessaire demain pour devenir aptes à remplir le rôle qui doit leur échoir dans la société.
[...]  

Crozon    école                              

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 

 

 

Chaloupe de bornage coulée en rade. 24/02/1900   
  n° 1799

La tempête

A Camaret
Encore un sinistre à déplorer. L'inscription maritime de Camaret a reçu confirmation du naufrage de la chaloupe Saint-Joseph, armée au bornage. On a vu ce bâtiment sombrer, mercredi dernier, à trois milles au large des Corbeaux.
Le Saint-Joseph allait de Brest à Saint-Fiacre.
Les naufragés sont : Marc Nicolas, patron de la chaloupe ; Hervé Nicolas, matelot, et un passager.


  

Camaret    naufrage    péri en mer    secours                      

article issu de : La Dépêche de Brest    

 

 

 

Reportage d'un journaliste du Figaro à Morgat et Camaret 20/01/1903   
  n° 1083

Crozon et Camaret

(Par dépêche de notre envoyé spécial)
Camaret, 19 janvier.
Me voici au terme de cette navrante tournée, las d'emplir mes yeux des spectacles d'une affreuse désolation, las de marcher dans la misère. Depuis hier j'ai parcouru la région de Crozon et de Camaret. De la pointe de Gador au cap de la Chèvre, du cap de la Chèvre à la pointe du Grand-Gouin, j'ai traversé, sous un ciel sombre qui par moments versait la pluie sur les routes défoncées, la lande infinie et désolée; plus tragique, encore, dans sa tristesse éternelle, que n'est la détresse des petites bêtes humaines qui s’y traînent.
Je suis ici au bout de la terre : devant moi, l'effrayant Océan ; autour de moi, au nord, au sud, à l'est, de quelque côté que je me tourne, partout des images d'affliction, des larves humaines qui implorent, des plaintes qui montent, de la faim qui vagit. Et cette extrême pointe de la terre, hérissée de rocs contre le courroux de la mer, est une plaine sinistre où la petite fleur jaune des genêts tressaille sous la brise avec des reflets de sang. Lorsque le rocher s'entr'ouvre et qu'une plage se dessine, des chaumières s'érigent le long de la grève, et de petites barques se balancent doucement au port. Les hommes qui les montent ne vivent ici, comme partout, que de la pêche. Aujourd'hui ils en meurent.
Je dois dire cependant que, de toutes les régions que la disette de poissons a atteintes et que j'aie visitées, celle-ci est la moins éprouvée : on n'y est encore qu'à l'avant-dernier jour de la faim, mais la faim est la calamité qu'il est aisé d'y prédire pour demain avec une rigoureuse certitude. Si beaucoup de pêcheurs d'ici ont encore une pomme de terre à mettre à la marmite et un boisseau d'orge à faire cuire au four, c'est qu'ils les cultivent et les récoltent eux-mêmes. La plupart sont, en effet, laboureurs en même temps que pêcheurs : ils ont un petit champ que la femme ensemence, tandis que l'homme est en mer, et c'est de ce petit champ qu'ils s'obstinent à vivre, à vivre aujourd'hui ; mais ce petit champ, la plupart l'ont en location, et le père Hervé me disait :
Nous sommes bien avancés, quand nous sommes obligés de vendre nos petites récoltes pour payer la location de la terre!
Seulement, ils ne payent pas le loyer de leurs terres et ils gardent leurs produits pour les manger: l'orge qu'ils récoltent est portée au moulin voisin, qui la réduit en farine; la pâte est préparée à la maison par la femme et cuite au four du boulanger, lequel en prélève une partie pour son gain, — et voilà pourquoi j'ai trouvé, sur toutes les tables, les énormes miches de quinze kilos de ce misérable pain noir, chevelu de fétus de paille et dur comme le roc, dont je vous envoie un morceau afin que vous ayez une idée de la nourriture barbare à laquelle sont réduits ceux d'entre nos Bretons qui mangent encore.
Cette double fonction du pêcheur donne aux maisons de Camaret et de Crozon un aspect singulier. Ici, nous ne sommes plus à la ville, si j'ose dire, comme à Douarnenez, à Audierne ou à Concarneau, rnous sommes au village. Le pêcheur a presque partout sa petite bicoque, une chaumière misérable partagée en deux dont une partie lui sert de logement et l'autre de débarras; devant la porte, parmi l'eau, la boue, le purin, un petit tas de fumier, et, dans le toit de chaume, un grenier. Ils louent ces taudis de quarante à quatre-vingts francs, somme déjà considérable pour ces pauvres gens, car elle absorbe le cinquième ou le sixième de leur gain. Malheureusement, en dépit de ses intérêts, le pêcheur tend de plus en plus à se désintéresser de la terre : il abandonne peu à peu le petit lopin qui, dans les années mauvaises, était la ressource suprême de sa misère. Hypnotisée par le mystère de la mer, son imprévoyance le jette follement. aux caprices de la dévoratrice et, enfant éternel que les ans ni les épreuves n’ont mûri, il confie allégrement à l'impitoyable flot son destin, celui de sa famille, celui de sa race.
Ce qui lui a permis aussi de supporter l'adversité présente, c'est qu'il ne pêche pas seulement la sardine : il cherche aussi la langouste et la raie, et bien que la pêche en soit moins fructueuse que celle de la sardine, bien que cette année elle ait été moins favorable aussi que les années précédentes, il y a, du moins, trouvé un maigre bénéfice et il a pu rapporter chez lui un peu d'argent.
Ne vous hâtez pas cependant de conclure que le sort de l'homme de Crozon et de Camaret soit fortuné. Je donnerai tout à l’heure des chiffres significatifs. Si, au lieu de remonter la côte, je l'avais descendue et si j'avais commencé mon voyage par l'anse de Camaret, je sens bien que le ton sur lequel je dis ces choses ne serait pas le même; mais je quittais des enfers si affreux que ceux où j'ai pénétré depuis hier me semblent, malgré moi, confortables au regard des autres. J'ai vu du pain ici... Combien de foyers, là-bas, où, si je n'y avais point pénétré, on se serait, ces soirs-là, couché sans manger!
J'ai eu, ce matin, la vision tragique de l'angoisse de ces malheureux. La barque où j'étais abordait le quai de Morgat. De loin, sur la rive, un homme, que je ne connaissais pas, me fit un grand salut et se précipita à l'accotement du bateau. A peine avais-je débarqué, il me salua de nouveau.
Monsieur le chef de cabinet, je...
Je n'étais pas Tissier, et je le détrompai, en souriant. A quelques pas, un groupe de pêcheurs s'avançait, et un grand gaillard, qui avait des cheveux gris et les yeux chassieux, entreprit une harangue préparée :
Je vous suis envoyé par mes collègues, les pauvres pêcheurs, pour vous dire... "
Il me prenait aussi pour M. Tissier et l’air de son visage donna à sa déconvenue l'apparence d’un cataclysme. Mais j'interrogeai ce pauvre homme. ll s’appelle Jean Herjean ; il a soixante ans et deux grands fils, de vingt-six et de vingt-huit ans, idiots. Il gagne 17 francs par mois : c'est tout son avoir.

Et vous êtes bien malheureux ? fis-je.
Il éclata :
Oh! je ne vous parle pas de moi, monsieur. Non, non, ne pensez pas à moi. Mais je pense à mes chers collègues, les pauvres pêcheurs, les chers collègues qui sont si à plaindre, qui n'ont rien, monsieur, rien de rien, et qui sont dans une misère si grande qu'on ne peut pas la dire. Moi, quand je les regarde, je me trouve très heureux avec mes 17 francs par mois; mais eux, il y en a qui ne gagnent pas un sou. C'est pour eux que je vous parle, c'est pour ces pauvres chers collègues qui... que... enfin je ne puis pas vous dire...
Il se détourne contre un mur, et ses petits yeux chassieux se mirent à pleurer comme des fontaines, et je ne pensai pas du tout, je vous le jure, à trouver comiques ces mots de « chers collègues » qui sonnaient comme un glas dans sa vieille bouche tremblante. Ah ! j'en ai rencontré aussi, des misères, affreuses et inconcevables ! Le malheur m'apparaît comme une iniquité monstrueuse. Je me sens contre lui autant de révolte qu'il m'inspire de pitié. Chacune des détresses que j'approche me semble un drame nouveau, exceptionnel et inouï : elle suscite en moi une impression toujours neuve. Je me dis que je n'en ai point encore rencontré de semblable et que je n'en reverrai plus, et depuis huit jours j'avance au milieu de cette désolation, dans un tumulte prodigieux de colère et d'attendrissement).
Entre cinquante autres, voici le tableau qui m'est apparu hier, dans une chaumière basse, humide, sombre, sordide. La veuve Postic est couchée ; elle est malade d'un mal qui la tient à la poitrine et qu'elle ne peut pas me définir davantage. Elle reçoit les soins du médecin de l'Assistance. Elle a cinq enfants, dont l'aîné a quinze ans. Ils sont tous là autour d'elle. Elle est seule à les faire vivre. Elle fait le commerce des œufs ; c'est-à-dire qu'elle achète des œufs à la campagne et va les vendre à Brest. Pour cela, elle fait, à pied naturellement, le trajet de Morgat au Fret : sept kilomètres. Elle prend, au Fret, le bateau ; le passage (aller et retour) lui coûte un franc, et le transport de son panier au Fret, par la voiture, il lui coûte vingt-cinq centimes. Elle a, dans un coin, le précieux panier, avec vingt douzaines d‘œufs, et pas un sou, pas un morceau de pain chez elle.
— Comment avez-vous payé vos œufs ?
— J'ai emprunté à plusieurs voisins: je les rembourserai en revenant de Brest.

Elle veut aller demain à Brest pour vendre ses œufs.
— Mais vous êtes malade, vous ne pouvez pas vous tenir debout. Il pleut.
— Il faut bien manger!
— Mais comment payerez-vous la voiture pour votre panier, le bateau pour vous ?
— On me laissera passer pour rien. Je payerai sur mon bénéfice en revenant.
— Combien gagnerez-vous sur vos vingt douzaines ?
— C'est selon. Trois sous peut-être par douzaine... Quelquefois moins, quelquefois rien.
— Alors, si vous vendez bien, vous aurez demain trois francs de bénéfice, moins vingt-cinq centimes de voiture et un franc de bateau, soit un franc soixante-quinze en tout ? et vous aurez fait quatorze kilomètres à pied, dans la boue !
— Oui.

Je regardais ces œufs, je regardais ces petits qui avaient faim.
— Pourquoi ne faites-vous pas cuire des œufs pour vos enfants, puisqu'ils n’ont rien à manger ?
Alors, pour la première fois, elle sourit, mais d’un sourire douloureux et morne, et elle fit :
Oh ! c'est trop cher!
Et puis elle se mit à pleurer dans ses draps.
Cette scène-là — ou des scènes pareilles — combien de fois l'ai-je vécue ! Au surplus, voici qui vous renseignera exactement sur l'état de cette région. La circonscription de Crozon comprend : Morgat, Rostudel, La Palue, Dinan et Le Caon; celle de Camaret : Le Fret, Rostellec et Saint-Fiacre, — soit, en tout, dix ports. Les deux réunies, comptent environ trois mille deux cents pêcheurs, sur lesquels onze cents environ sont uniquement des sardiniers. Or les sardiniers de Crozon, qui gagnaient d'ordinaire de 700 à 800 francs, n'en ont gagné que 400 en 1901 et 150 cette année : 550 francs en deux ans. Ceux de Camaret, qui gagnaient de 600 à 700 francs, n'en ont eu que 120. Le déchet des usines a été dans la proportion de quatre à un.
Je crois que je n'ai besoin de rien ajouter à ce lamentable bilan. Si une quinzaine de grands bateaux de Camaret ont eu la hardiesse d'aller, cette année, pêcher le homard sur les côtes anglaises et jusque dans le canal de Bristol, et si chacun de ceux qui les montaient en a rapporté 1.200 francs, ce n'est que l'entreprise méritoire d'une centaine d'hommes. Si la plupart des pêcheurs ont un petit champ qui leur donne des pommes de terre, ce petit champ, bientôt, aura épuisé ses trésors, et si l'on a un peu de pain noir aujourd'hui, on n'en aura plus demain; et la vérité, c'est une situation affreuse et désolante dont ce serait un crime de se désintéresser. Déjà M. Antoine s’est souvenu qu'il vient respirer chaque année Camaret, l'âcre odeur des goëmons et y cueillir la petite fleur mélancolique de la timide bruyère ; mais, en regardant l'anse de Morgat, en foulant le sable uni de sa plage, je songeais que, sur cette plage jolie, dans cette anse où tant de grâce se mêle à tant de beauté, des baigneurs, chaque été, viennent demander à la Bretagne un peu de quiétude et de joie. Qu’ils pensent que l’on y pâtit maintenant, que de pauvres petits enfants ont faim, que des larmes coulent, au bord de la grande mer, des yeux chassieux des vieux pêcheurs !...
                Georges Bourdon. 


Camaret    Morgat    sardine    pêche    secours    tourisme              

article issu de : Le Figaro (Paris)    

 

 

 

Un chien enragé parcourt la presqu'île. 30/04/1904   
  n° 1128

Gazette bretonne - Finistère

Crozon. — Chien enragé. — La semaine dernière, le sieur Jacoby, de Saint- Fiacre, ayant vu un chien inconnu se jeter sur le sien et le mordre cruellement, prit son fusil et tua l'animal. Un vétérinaire de Brest fut appelé à faire l'autopsie ; il reconnut les symptômes de l'hydrophobie*. Deux jours auparavant ce même chien avait parcouru les rues de Camaret, mordant tous ses congénères qu'il rencontrait. Poursuivi par les habitants, il avait réussi à s'échapper.
Il portait un collier au nom de M. Petitbon, de Quéménéven.

 

 
* autre nom de la rage
 
Crozon    Camaret    fait divers    santé                      

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 

 

 

Assassinat à Persuel, en Crozon. 05/04/1905   
  n° 1158

Gazette bretonne - Finistère

Crozon. — Assassinat. — Voici des détails sur le crime commis à Persuel, en Crozon, que nous avons annoncé succinctement dans notre dernier numéro : Le 29 mars, Jean-Marie Kérinec, 51 ans, cultivateur et marin-pêcheur, quittait sa maison, vers 5 heures et demie du soir, pour se rendre à Saint-Fiacre.
Avant son départ, son fils lui remit la somme de 1 franc pour ses menus plaisirs. Le soir, vers 8 heures et demie, on l'entendit qui chantait en revenant. Il avait bu, paraît-il, plusieurs consommations qui l'avaient enivré. Tout d'un coup, le chant cessa. Les membres de la famille ne s'en inquiétèrent pas davantage, estimant, d'après ce qu'ils disent, qu'il avait dû tomber et s'endormir. Ce n'est que vers minuit, voyant qu'il n'était pas encore rentré, que son fils alla réveiller son voisin Perfeson qui se leva et l'accompagna à la recherche de son père. A peine avaient-ils fait 400 mètres hors du village, qu'ils le trouvèrent étendu sur la route, la tête baignant dans une mare de sang.

Perfezon prit le corps sous les aisselles et le releva sur les genoux. Le fils remarqua alors que son père portait de nombreuses traces de coups de couteau à la tête.
Le parquet s'est rendu sur les lieux vendredi dernier pour procéder à une enquête.
Comme le fils Kérinec portait sur son gilet des traces de sang dont il n'a pu indiquer la provenance, et qu'il a répondu d'une façon embarrassée aux questions qui lui ont été posées, il a été arrêté. Quant à sa mère et à sa sœur, bien qu'inculpées, elles ont été laissées en liberté provisoire, en attendant l'éclaircissement de l'affaire.
Kérinec a dû être surpris et frappé violemment sur la tête avec un instrument contondant qui lui a brisé le crâne et fait jaillir la cervelle. Comme il respirait encore, l'assassin l'a achevé à coups de couteau.  

 
Quelques jours plus tard, une confrontation avec la sœur du jeune homme fit éclater la vérité : c'est le fils qui avait tué le père, ne supportant plus les mauvais traitements que celui-ci infligeait à sa famille quand il était ivre.
Il a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.
On peut lire le compte-rendu du procès ICI.
 
Crozon    fait divers                              

article issu de : Le Finistère (Quimper)    

 

 

 

 

 

 

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