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21 mars 1935

 

Un hydravion Goliath s'écrase près de Roscanvel

entre Kerguinou et le fort des Capucins


Un hydravion Goliath sur son chariot

carte postale, éd. CIM

 

Dépêche de Brest du 23 mars 1935

 

Six heures du matin. Une aube froide et brumeuse sur le plateau de Roscanvel. Un brouillard épais s'accroche aux pins qui couronnent le fort des Capucins. Un brouillard pareil à celui qui causa la terrible catastrophe dont nous donnions, hier matin, dans notre dernière édition, une exacte version.

Dans la nuit frémissante, quelques flammes, comme d'étranges feux follets, auréolent encore la lande, à cent mètres à peine du camp : c'est là que s'est écrasé le Goliath, grand oiseau dont les ailes ont vingt-six mètres d'envergure. La grande carcasse finit de se consumer et, à notre arrivée, nous apprenons que le corps de la sixième victime gît encore sous les tragiques décombres.

 

Lamentable spectacle

Rien ne saurait être plus lamentable que le spectacle de cet avion détruit. Sur près de cent mètres, les débris sont éparpillés, tordus et noircis par le feu.

Sur le sol même, toutes les phases de ce drame, qui se déroula en deux ou trois secondes, sont inscrites.

Dans la prairie, que l'appareil aborda en premier lieu, le flotteur droit et l'aile droite ont creusé un sillon. Des morceaux de bois sont fichés profondément en terre.

Puis, une dizaine de mètres plus loin, un talus, haut d'un mètre cinquante et large de deux mètres, est largement éventré. Presque rasé au passage du bolide. Ça et là, des débris d'hélices sont plantés dans la terre, fraîchement retournée. Très certainement, les moteurs tournaient encore à l'instant de la catastrophe.

L'appareil dut alors faire un bond fantastique dans un éclaboussement de terre et de pierraille.

Les deux énormes flotteurs gisent éventrés sur le sol dans un sens opposé l'un à l'autre. Enfin, après avoir franchi un sillon de lande, la partie principale de l'appareil s'est écrasée après avoir accompli un véritable looping. La queue et les gouvernails sont les plus éloignés du point de chute initial, alors que les deux moteurs sont tournés dans un sens opposé à celui de la marche.

La carlingue et tout ce qui s'y trouvait enfermé, ne forment plus qu'un inextricable enchevêtrement de fils de fer, de tubes et de plaques à demi fondues.

À des points très éloignés du lieu même de la catastrophe, on retrouve de lamentables débris : bottes à demi consumées, casques, gants de cuir, débris de vêtements, instruments de navigation, poste de T. S. F., etc.

Les pignons des deux hélices flambent maintenant sous la brise qui fraîchit. Ça et là, des foyers se réveillent.

Autour de ces tristes débris, des marins veillent. Presque tous ont passé la nuit entière sur place, dans l'espoir de pouvoir atteindre enfin le dernier corps demeuré enfoui sous le brasier.

 

 

Une gerbe de feu

Nous avons donné, hier, le premier récit d'un témoin occulaire de l'accident. Il devait, dès le début de notre enquête sur place, se trouver confirmé par plusieurs autres déclarations. Voici, en substance, ce qui nous fut déclaré :

L'avion venait de franchir la sortie du goulet. À très basse altitude, il avait abordé la côte et survolait le camp des Capucins. Puis, tout paraissant fonctionner normalement à bord, il poursuivit sa route en direction de Roscanvel, survolant le village de Men-Caer.

« L'appareil amorça alors un large virage, comme pour retourner dans la direction d'où il venait. Brusquement, un brouillard extrêmement épais lui avait caché la terre. A quelques mètres à peine, il survola les toits des dernières fermes du village de Kerguinou.

« Le virage n'était pas absolument terminé et l'avion était encore penché sur l'aile droite, lorsqu'il heurta le sol.

« Presqu'aussitôt il prit feu. Une explosion se produisit, puis une énorme flamme de plus de dix mètres de hauteur jaillit vers le ciel. 1.500 litres d'essence s'embrasaient. Le choc final fut épouvantable et put être entendu de très loin.»

Comme nous le disions hier, les secours — qui, hélas, ne pouvaient être que vains — s'organisèrent immédiatement.

Les vingt marins qui occupent les baraquements s'élancèrent vers le lieu du sinistre, où bientôt arrivaient des cultivateurs des villages voisins.

Le premier-maître Cadiou organisait la lutte contre l'incendie qui, dans les landes menaçait de prendre d'inquiétantes proportions. Parmi les sauveteurs bénévoles, accourus sur place, on remarquait notamment MM. Le Gall, Gervèse, Le Moign, Le Mérour, etc. Tous les extincteurs placés dans le camp furent employés. On lança de la terre sur les flammes.

On apercevait alors, sous le bûcher, plusieurs corps inertes que le feu dévorait mais qu'il était impossible d'approcher. Enfin, on le sait, cinq des victimes purent être arrachées aux décombres et placées dans le premier baraquement avant leur transfert à Brest, par la voie de mer.

En cette occasion, tous les hommes du camp des Capucins firent preuve d'un esprit d'initiative et d'un dévouement remarquables. Citons parmi eux, le quartier-maître infirmier Cariou, le matelot mécanicien Quémar, le matelot canonnier Bourhis, le matelot conducteur Hicher, etc.

Toute la petite garnison se prodigua sans compter pour tenter de porter secours aux malheureux aviateurs.

Quelques personnes crurent avoir remarqué une traînée de flammes alors que l'appareil se trouvait encore en vol. Cependant ce fait paraît devoir être démenti par l'enquête.

 

La sixième victime

Depuis déjà deux heures nous étions sur les lieux de la catastrophe, lorsque, vers 8 heures, sous les restes de la carlingue et des réservoirs à essence, on découvrit le corps de la dernière victime, le quartier-maître mécanicien Toquer.

Les marins mirent à jour le corps, qui était plus qu'à demi consumé et assez profondément enfoncé dans le sol. Il fallut d'infinies précautions pour l'extraire de sa gangue dë terre et le déposer dans un suaire de toile.

C'est grâce à quelques papiers qui avaient été en partie protégés par les vêtements que le corps put être identifié.

 

Suprême hommage

La dépouille du quartier-maître Toquer fut transportée dans une chambre et aussitôt l'officier principal des équipages Jaouen, qui commande les forts du secteur et dirigeait les opérations, fit mettre en berne le pavillon qui flotte au-dessus de l'entrée principale.

Cette cérémonie, d'une simplicité toute militaire, fut l'hommage le plus poignant qui pût être décerné à ces hommes morts au service d'une aviation pour laquelle ils avaient délibérément accepté de « vivre dangereusement ».

 

8 h. 12'

La vedette rapide du centre de La Ninon amenait aux premières heures de la matinée, à Roscanvel, le lieutenant de vaisseau Chassin, commandant l'escadrille 2. S. 1., à laquelle nous avons consacré une longue série d'articles : « Les navigateurs du ciel », voici plusieurs mois.

Le lieutenant de vaisseau Chassin venait procéder sur place à une enquête qui pour lui, était particulièrement pénible, car il avait apprécié à leur valeur les hommes qui venaient de mourir. Certes, au cours de sa carrière, le commandant de la 2. S. 1. avait eu l'occasion de vivre des heures dramatiques. Mais, peut-être, n'avait-il jamais encore été en présence d'un spectacle aussi lamentable.

Au cours des investigations faites parmi les débris de l'appareil, on découvrit enfin la montre du bord, celle qui devait marquer l'instant fatal.

Le verre, qui avait été en partie fondu, ne permettait pas de voir le cadran, qu'il fallut faire sauter avec la pointe d'un couteau.

On constata que la catastrophe s'était produite très exactement à 8 h. 12.

Le lieutenant de vaisseau Chassin procède ensuite à un examen minutieux des flotteurs et des débris d'ailes de l'appareil. Comme nous le disons plus haut, toutes les phases du drame étaient inscrites sur le sol et, pour un aviateur aussi compétent que l'enquêteur, les déductions logiques s'imposaient à l'esprit.

Nous ne connaissons évidemment pas ce qu'elles seront. Toutefois, il semble que l'équipage du Goliath, étant privé de toute visibilité, fut induit en erreur par le brouillard.

Il est permis de penser qu'il crut un instant être au-dessus de la mer et pouvoir s'y poser.

En effet, le premier choc sur le sol de la prairie ne fut pas excessif. L'appareil parut « glisser » sur l'herbe plutôt que frapper la terre avec une extrême violence.

Le Goliath possédait encore à l'instant du drame, une assez grande vitesse, normale en cas d'amérissage. Il terminait à ce moment un virage classique en pareil cas, étant donnée la direction de la brise.

Tous les hommes qui se trouvaient à bord de l'appareil étaient depuis longtemps éprouvés et avaient su montrer, en plus d'un cas périlleux, leurs qualités manœuvrières.

 

Dans de pareils drames, il existe toujours d'étranges fatalités. L'enseigne Poussineau était de ces hommes qui s'imposent à l'attention de leurs chefs.

C'était, me dit un de ses amis, un « Français 100 % », courageux, réfléchi, plein d'entrain, un camarade comme on n'en rencontre souvent qu'une fois dans sa vie.

« Un athlète complet. Champion international de hockey à 18 ans. Avec ça, passionné de son métier. Six cents heures de vol en deux ans.

« Poussineau était en outre doué d'une rare présence d'esprit. Il est très probable que, croyant amérir dans des conditions incertaines, il avait capelé sa ceinture de sauvetage, car, lorsque le matelot mécanicien Quémar et le matelot canonnier Bourhis le découvrirent, hors de l'avion, cette ceinture, boucles arrachées, se trouvait à proximité immédiate du corps. Le malheureux ne succomba pas à des brûlures, mais à de multiples fractures, comme s'il avait tenté de sauter hors de la carlingue en une minute désespérée. »

Quand on retira des décombres en feu l'une des victimes, après une heure d'efforts, on remarqua que sa montre marchait encore...

L'un des membres de l'équipage avait en poche une demande de permission...

À Karouba, près de Tunis, vers 1930, le premier-maître Tromeur, sur un appareil d'un modèle identique, était sorti indemne d'un accident du même ordre. Son appareil avait pris feu. Seul, un membre de son équipage succomba...

 

La 6e victime est le radio-télégraphiste Le Martret dont nous n'avons pas de photo.

 

 

Dernier départ...

Vers 10 heures, hier matin, le corps du quartier-maître mécanicien Tocquer fut transporté à Roscanvel, d'où la vedette de l'aviation devait le ramener à Brest.

La dernière des six victimes allait retrouver ceux qui avaient partagé avec elle un sort aussi tragique.

Il ne restait alors plus sur la lande déserte et morne, semée de violettes, qu'un pitoyable tas de ferrailles noircies. Un peu de fumée emportée par le vent renaissant...

 

P.-M. LANNOU.     

 

 

Sources des photos

- Dépêche de Brest du 24 mars 1935

- Ouest-Éclair des 23, 24 et 26 mars 1935

 

 

 

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