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 n° 1837

Pourquoi certains bretons agressent certains parisiens...

28/08/1903 
Un éditorial de Louis Coudurier, rédacteur en chef de la Dépêche, qui sera en fait le coup d'envoi de l'affaire Tailhade.

Réponse à Mme Armand

Il arrive fréquemment que des Parisiens en villégiature sur les côtes bretonnes nous adressent certaines plaintes contre les habitants des villages ou petits trous pas chers où ils ont planté leur tente éphémère. Ces plaintes sont parfois justifiées et nous n'hésitons pas à leur donner l'hospitalité, ne fût-ce que pour empêcher le retour de faits toujours regrettables.
Ainsi, une dame qui est venue à Audierne pour y passer ses vacances nous adresse la lettre suivante :

Audierne, 26 août.
Monsieur le rédacteur en chef.
Dans votre numéro du 19 ou 20 août, vous avez signalé les sévices dont ont été l'objet des touristes ou baigneurs dans la région d'Audierne.
J'ai le regret de confirmer la mention que vous faites des fâcheuses dispositions d'une certaine partie de la population à l'égard d'étrangers qui sont cependant pour elle une source de bénéfices et qui, l'an dernier, ne se sont pas montrés sourds à l'appel fait en faveur des pêcheurs bretons.
Avant-hier encore, 24 courant, deux jeunes femmes qui se rendaient en bicyclette d'Audierne à la pointe du Raz ont été assaillies à coups de pierres, par une bande de vauriens, en face la chapelle Saint Yves. Toutes deux, l'une aux reins, l'autre au cou, ont été atteintes par des cailloux qui, heureusement, ne les ont que très légèrement blessées ; mais leur émotion a été vive, ainsi que vous pouvez le concevoir.
Un plainte a été portée à la gendarmerie, appuyée d'indications qui, espérons-le, faciliteront la découverte des coupables.
Agréez, monsieur le rédacteur, l'assurance de ma parfaite considération.
E. ARMAND, demeurant à Paris, 22, rue des Martyrs, et en villégiature à Audierne.


Il serait évidemment excessif de recevoir des cailloux sans se plaindre, surtout lorsque l'on se borne à traverser un pays sans insulter les habitants, sans tourner leurs usages ou leurs croyances en dérision ; quand on est simple touriste enfin.
S'il était une excuse aux actes de la nature de ceux dont se plaint Mme Armand, rue des Martyrs, 22, nous la trouverions dans certains écrits violemment outrés que des artistes, égarés, on ne sait pourquoi, sur nos côtes sauvages, se complaisent, on le dirait, à ciseler, quand il leur arrive de s'occuper de la Bretagne et des Bretons.
[...]
Tout est bon prétexte, semble-t-il, pour insulter les Bretons. Pas plus tard que mardi dernier, M. Laurent Tailhade daignait consacrer aux habitants de Camaret un des feuillets de son Carnet de route, publié par le journal l'Action.
Voici un extrait de ce Carnet de route ; la lecture n'en pourra que stupéfier nos voisins de Camaret :

... En face de la rade, une grève s'étend où les chevauchées de l'Atlantique roulent, pendant les mois noirs, des galets formidables qu'ont arrondis le va-et-vient des ressacs, le cours et le décours des marées. Cette langue de sable et de cailloux, que fleurissent à peine de maigres immortelles jaunes, avec, par place, des touffes de mauves ou de potentilles, est « ornée » d'un cube de pierre assez hideux, érigé par Vauban contre les Anglais ; en outre, d'une chapelle que distingue seulement l'absence totale de caractère ou de beauté. Bâti en fer, au lieu de granit, cela donnerait un chalet d'exposition idoine à la vente des biscuits, du nougat et des pastilles du sérail. Fermé à l'ordinaire d'une porte couleur d'excrément, le sanctuaire s'ouvre pour les grandes assises de la mariolâtrie : pardons, mois de Marie, fêtes de la Vierge et autres exhibitions des cake-walks * sacrés, des mystiques bamboulas.
Samedi, le curé de Camaret qui, vers la fin de chaque été, mendie à domicile et quête en personne chez tous les baigneurs, avait prévenu ses ouailles qu'un certain nombre « d'Apaches » se proposaient de troubler la petite fête.

Le doux vieillard, appointé par le budget des cultes et que les juifs, les libres penseurs, les protestants sont obligés de payer comme l'impôt sur le vin ou sur les portes et fenêtres, avait engagé ses « chrétiens » à ne pas tolérer le débordement des passions impies, c'est-à-dire, en style moins soutenu, à casser les os des gens qui ne vont point à la messe et déambulent à travers les pieuses Cornouailles sans être nantis au préalable d'un gourdin de cormier ou d'un « pistolet qui recommence la conversation ».
A cette fin, une cinquantaine d'ivrognes, collègues rustiques des assassins de Plaisance ou de Belleville, stationnaient devant les hôtels suspects d'abriter des « Parisiens », hurlant des menaces, injuriant les femmes et montrant le poing à des ennemis éventuels, d'autant plus agressifs qu'ils ne couraient manifestement aucun danger.
Les processions bretonnes manquent de beauté. La face, laide, gauche, recuite d'ivrognerie, avec sa marche lente et maladroite, ne brille pas dans ce cabotinage de plein air. Ici, les costumes baroques et somptueux, les vestes orfévrées, les gilets aux teintes éclatantes, les coiffures de paillon et de dentelles qui, par leur violent romantisme, satisfont à bon marché la badauderie inculte des touristes, et que l'on trouve encore assez communément à Pont-l'Abbé, à Rosporden, à Audierne, font à peu près défaut. Les thugs du curé de Camaret, pour la plupart constructeurs de barques aux chantiers de Kerdrel, obtempérèrent à leur dévot patron ainsi qu'à l'homme noir dans des costumes que le canal Saint-Martin ou le boulevard de Grenelle ne désavoueraient pas.


Ainsi, la race bretonne est laide, gauche et recuite d'ivrognerie ; [...]. Les immeubles, même, n'échappent point au critique de l'Action et leurs portes sont couleur d'excrément !... Pauvres portes !
Mme Armand comprendra-t-elle maintenant pourquoi les Bretons d'Audierne se laissent quelquefois aller à lancer des pierres sur les « étrangers » ? Oui, hélas ! tant que la littérature du boulevard traitera de la sorte la Bretagne et ses habitants, le Parisien courra risque d'être mal reçu, malgré qu'il se considère comme une « source de bénéfices » pour les peuplades recuites et hirsutes de ces bords-ci de l'Océan !
Louis COUDURIER





 

 
* danse à la mode à Paris à cette époque
 
Camaret    Paris    tourisme    religion                   

article issu de : La Dépêche de Brest    

 
 
 

 

 

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