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 n° 3166

Procès de l'infanticide de Trébéron.

22/07/1932 

Arrondissement de Châteaulin

AUX ASSISES
INFANTICIDE - Anna T., cultivatrice à Trébéron, en Crozon, est acquittée

Quimper, 20. [...]
L'acte d'accusation
Voici l'essentiel de l'acte d'accusation :
Le 16 avril 1932, la gendarmerie de Crozon était avisée par une lettre anonyme que la fille Anna T., du village de Trébéron, en Crozon, avait dû accoucher quelques semaines auparavant et avait fait disparaître son enfant.
L'enquête apprit que le 11 mars 1932, vers 15 heures, Anna T., qui gardait les vaches dans un champ dépendant de la ferme de son père, déclara à sa mère qu'elle souffrait de la tête et désirait se coucher.
Le lendemain, elle mettait au monde un enfant, qu'elle supprima. Elle empaqueta le petit cadavre dans son tablier.
Quelques instants après, les époux T. apprenaient l'accouchement, mais leur fille Anna se garda bien de leur avouer le crime qu'elle venait de commettre.
Le 13 mars, le père de l'accusée se présenta à la mairie de Crozon pour faire sa déclaration à l'état civil, puis se rendit chez le docteur Jamault, qui vint vers 21 heures donner ses soins à l'accouchée. Il examina à la lueur d'une lampe le cadavre de l'enfant, constata qu'il était couvert de cébum et présentait de nombreuses marbrures sur tout le corps. Le décès, qui remontait à une trentaine d'heures, ne lui parut pas suspect, et, le 14 mars, l'inhumation eut lieu au cimetière de la commune de Crozon.
Seul, l'amant d'Anna T. connaissait sa situation.
L'accusée a déclaré qu'elle n'eut à aucun moment l'intention de tuer son enfant et prétend avoir commis son acte sous l'influence de la fièvre, a un moment où elle n'avait plus le plein contrôle de ses actes.
Les renseignements fournis sur le compte de l'inculpée sont unanimement favorables. Elle est représentée comme une jeune fille travailleuse et de bonne moralité. Elle n'a pas d'antécédents judiciaires.

Interrogatoire de l'accusée
Anna T. est une forte fille de la campagne, à la mine resplendissante de santé. Elle ne pleure pas facilement, mais il n'y a cependant aucune arrogance dans son maintien. Bien au contraire. Elle semble timide et répond à peine au président qui l'interroge.
L'accusée se défend mal. Elle paraît indifférente aux débats. Tant de passivité fait que le défenseur est obligé d'intervenir près d'elle à plusieurs reprises.
L'accusée est bien estimée à Crozon, ainsi que ses parents. On la donne comme très douce et très obéissante et, dans le voisinage, on ne tarit pas d'éloges à son sujet; aussi a-t-on été étonné d'apprendre qu'elle s'était rendue coupable d'infanticide.
La jeune fille allait veiller, le soir, chez les C., cultivateurs récemment installés à proximité. C'est là, dit-elle, qu'elle noua des relations avec un jeune homme, sans qu'on lui ait jamais connu d'autres fréquentations.
Elle déclare que ce jeune homme lui avait promis le mariage, mais qu'il lui tourna le dos du jour où il apprit qu'elle allait être mère.
Elle n'avait pas préparé la layette, prétextant qu'il y avait chez elle tout ce qu'il fallait, ses parents ayant encore des enfants en bas âge.
Ses parents ont ignoré son état de grossesse et en donnant la mort à son nouveau-né, dans un moment d'affolement, dit-elle, elle a agi à l'instigation de personne.
Anna T. et son séducteur étaient considérés dans le pays comme fiancés. Se voyant abandonnée, elle a été poussée au crime par la honte et la crainte des reproches de ses père et mère.

Les témoins
M. Ignace Blain, maréchal des logis de gendarmerie à Crozon, fait le récit de son enquête.
Le pays était au courant de l'état de grossesse d'Anna T. et, chose blzare, les parents étaient les seuls à ignorer la situation.
Tous les renseignements accueillis sur l'accusée lui sont favorables. Elle possédait l'estime générale du pays, étant sympathique, courageuse à la besogne et d'une conduite régulière.
Olympe C., épouse T., 44 ans, cultivatrice à Trébéron, est la mère de l'accusée. Elle avait en sa fille la plus grande confiance et jamais elle n'aurait pu supposer ce qui est arrivé.
Le président. — Cependant, il est étrange que, vivant continuellement près de votre fille, vous n'aviez rien remarqué d'anormal dans son état.
Le témoin. — Non, je n'ai rien soupçonné et c'est bien malheureux, car ma fille ne serait pas ici aujourd'hui. J'ai élevé sept enfants, j'en aurais bien élevé un huitième.
Le président. — Nous savons, madame, que vous êtes une honnête femme.
Au sujet de l'arrivée du médecin à la ferme et de l'examen du cadavre du nouveau-né, le témoin se trouble, parle de « contusions », sans se rendre exactement compte du sens de ses paroles, et ne peut donner d'explications à M. le procureur et à M. le défenseur, qui la pressent de développer sa pensée. Il en résulte un léger incident et un malaise. Mais on sent vite que le témoin est de bonne foi et se laisse seulement impressionner par l'ambiance de cette salle d'assises, qui est pour elle tout un monde.
Pourtant, elle retrouve toute son assurance pour flétrir le séducteur qui, après avoir abusé de sa fille, a jugé bon de se délier de tout engagement.
On entend ensuite le père, Guénolé T., 52 ans, cultivateur à Trébéron, qui fait une déposition sensiblement équivalente à celle de sa femme.
M. le docteur Léon Jamault, 48 ans, médecin à Crozon, a été appelé à donner des soins à l'accusée. Il a fait également des constatations sur le corps du nouveau-né, qui se trouvait déjà dans un état de décomposition avancée.
Le praticien n'a relevé aucune trace de strangulation. Il l'affirme nettement. C'est pourquoi il a délivré le permis d'inhumer.
Voici enfin Hervé C., 26 ans, cultivateur à Trébéron, le père présumé de l'enfant, selon les affirmations d'Anna T..
Le témoin s'exprime difficilement, en bégayant.
Il a repoussé toute idée de mariage avec Anna, dit-il, parce qu'il avait appris, en revenant d'une période d'instruction, qu'elle avait d'autres amants.
Le président. — Lesquels ? Donnez des noms ! »
Le témoin. — Je ne veux dénoncer personne.
Un juré. — Dites-nous au moins le nom de la personne qui vous a mis au courant ?
Le témoin s'y refuse.
Le président. — Votre attitude est indigne !
— Non.
Le président. — Vous êtes le seul à dire du mal de l'accusée. C'est vous, le fiancé, qui apportez ici la seule note défavorable sur son compte.

LE VERDICT
Après le réquisitoire mesuré de M. le procureur de la République et la plaidoirie éloquente et émouvante de Me Alizon, qui a vite fait de toucher le cœur de MM. les jurés, ces derniers rendent un verdict négatif et la Cour prononce l'acquittement de l'accusée.

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article issu de : La Dépêche de Brest    

 
 
 

 

 

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