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Sur la dune

Ce que, du faîte de sa gloire jusqu’à sa ruine matérielle et sa mort,
le poëte SAINT-POL-ROUX a fait par, pour et avec la bonne ville de CAMARET.
Et ce que Camaret lui a donné.

de

Brigitte Charoy

 

Sur la dune de Camaret, au-dessus de la plage de Pen Hat, le poëte Saint-Pol-Roux a fait bâtir un manoir, avec ce qu’il fallait de clochetons et de somptueuses fantaisies : il allait être le décor de sa vie quotidienne, la Beauté se devait d’être là…

C’était en 1905. Il avait 44 ans.

Que pouvait-il se passer entre la popula-tion du petit port sardinier et l’intellectuel de haute volée pétri de poësie et de dramatur-gie ? « Rien du tout ! » auraient répondu les gens de mer si on les avait interrogés à ce moment-là. « Pas grand’chose ! » auraient persiflé les gens de lettres parisiens qui ne comprenaient pas que ce si grand poëte aille « s’enterrer » au bout du monde.

Et pourtant…

Saint-Pol-Roux a retroussé ses manches. Il considérait que, les autres lui donnant une matière pour écrire, il se devait de donner en retour. C’était ça, son métier de poëte — Un beau poëme s'affirme, par exemple, dans le moindre bonheur que l'on crée pour autrui. Il a organisé des fêtes populaires, il a célébré chacun, honorant les enfants, chantant les vieux, donnant sa fortune, et plus encore.

Et puis le vent a tourné.

Mais quand même, il est resté. Trente-cinq ans.

Quand il est mort, puis quand son manoir a brûlé, l’émotion a été immense à Camaret, et même les « vrais hommes » comme on disait alors, ont laissé couler leurs larmes, sans honte.

Plaignons les villes sans poëte…

 

Sortie : 18 juin 2026 - 292 pages couleur - 152 illust. (photos, dessins) - 20 x 20 cm - Prix : 28 €

Points de vente locaux
 
  Camaret :
    - La Fabrique de l'Histoire de Camaret (place St-Thomas) : jeudi à dimanche, 14 h - 18 h
    - La Bouquinerie (place St-Thomas)
    - Le Drugstore (quai Toudouze)
  Crozon :
    - Librairie Le parchemin (rue de Reims)
    - Centre Culturel Leclerc

Vente par correspondance
  28 € + frais d'envoi France 8 € = 36 € 

  Paiement :
  - par virement bancaire
      
Titulaire du compte : CHAROY BRIGITTE
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       BIC : CCOPFRPPXXX
 - par chèque libellé à l'ordre de : Brigitte Charoy, à envoyer à :
      Brigitte CHAROY         Kerellou       29160 CROZON

      tel : 02 98 17 08 08
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Quelques pages... 

À commencer par la préface :

 

La première fois que j’ai lu Saint-Pol-Roux, je n’ai rien compris.
La deuxième fois, même chose.
La troisième fois, j’étais sûre de mon coup. C’était deux ou trois décennies plus tard. J’avais vécu, lu, appris. Je pensais être au point pour plonger dans son œuvre. Mais non. Une fois de plus, je ne « comprenais » rien et j’étais incapable de me laisser porter. Je pouvais maintenant en être sûre : Saint-Pol-Roux, ce n’était pas pour moi.
Quelques mois après cette définitive conclusion, le hasard m’a mis sous les yeux quelques lignes de sa complainte « Les pêcheurs de thons » : Les gâs du bout de notre monde / Un jour partis pêcher le thon / Se sont perdus dans la profonde / Où l’Ankou pêche le Breton. Dans mon ignorance d’alors, j’ai bêtement pensé : « Ah quand même ! Il a écrit au moins un texte pour les Camarétois. » Je n’ai pas cherché plus loin. Ce devait m’être confortable d’imaginer, d’un côté l’intellectuel, le poëte-châtelain déclamant sur sa falaise, perdu dans les hautes sphères de sa pensée, et de l’autre, en bas, sur les bateaux, dans les champs, au « vrai » turbin, le petit peuple travailleur.
Et puis j’ai rencontré Yvette.
Le 11 septembre 1944, Yvette a 15 ans. Du fort de Kerbonn jusqu’à la Pointe du Gouin, les Alliés bombardent sans relâche pour anéantir ce qu’il reste de l’armée d’Occupation. Depuis un mois, les Camarétois ont fui la ville et campent sur la lande de Pennayun. Ce jour-là, à 20 h 44, après le passage d’un avion, le manoir s’embrase, des balles incendiaires ont enflammé l’essence entreposée. « Le château brûle ! » L’émotion est forte. On entend des cris, des sanglots. Beaucoup de gens pleurent.
Yvette lève les yeux sur son père : lui aussi pleure.
Et là, le monde de la gamine s’écroule.
L’événement le plus important est celui-là : son père pleure. Son père était un homme — que dis-je ? un homme — il était UN HOMME. Un dur, un vrai. Un pêcheur cuit et recuit aux plus dures aventures de la mer. Un homme qui, comme tous les « vrais » hommes, disait-on couramment à cette époque, ne pleurait pas. Jamais. Et pourtant… Ses larmes et celles de nombre de ses camarades coulaient, sans honte.
Qu’avait touché le poëte en eux pour permettre cette incongruité ? Que s’était-il passé pendant ces décennies entre lui et les Camarétois pour que l’émotion soit telle ? Qu’avait-il donné ? Qu’avaient-ils reçu ? Que savaient-ils de lui que j’ignorais, moi, lectrice du XXIe siècle ?
La réponse était simple : il y avait en réalité deux Saint-Pol-Roux. Celui des œuvres difficiles, exigeantes, que j’avais essayé à toute force de comprendre, et celui, lumineux, des « œuvrettes populaires » comme il les nommait — « Les seules vraies », ajoutait-il.
N’ayant pas vécu à Camaret en même temps que lui, de 1905 à 1940, je ne savais rien de ses discours de l’époque, de ses poëmes publiés dans la presse ou sur des plaquettes vendues localement.
Ce fut une grande découverte.
Il ne faisait pas qu’écrire des textes compliqués dans son manoir isolé de la montagne. Il avait à cœur de vraiment être dans la vie, là, autour. Il était un poëte concret. La poësie était son travail. Il disait des paysans : « Ils ont leur pelle sur l’épaule, j’ai ma plume sur l’oreille, ils sèment des graines, je sème des mots ». Il disait aux pêcheurs : « Vous partez quelquefois, moi je pars tout le temps. Poëtes de la réalité, si vous bourlinguez par le bateau, moi je bourlingue par le cerveau, marin de l’idéalité. Nous sommes donc frères, dans, pour et par l'Aventure. Vous avez vos voiles, j'ai mes ailes. Votre route est horizontale, la mienne verticale. […] Vous allez chercher dans les flots le pain de vos corps, je vais quérir dans les nuées, de strate en strate, l’aliment de mon esprit. Retournez-vous le vivier vide, je reviens le crâne sec ; rapportez-vous une pêche miraculeuse, je rapporte un chef-d'œuvre. »
Saint-Pol-Roux était poëte jusqu’au fond des tripes, dans le moindre de ses actes, de ses écrits, et pendant trente-cinq ans il a arrosé, noyé, submergé les habitants de Camaret de Poësie et de Beauté.
Et personne ne s’est méfié.
On appréciait ses idées, on les trouvait drôles, originales, émouvantes. On acceptait avec enthousiasme ses propositions pour chaque événement auquel il participait car on savait qu’il y aurait du plaisir à éprouver. On pensait cependant conserver sa raison, son bon sens, mais on ne comprenait pas que, petit à petit, la contamination se faisait. Dans des proportions que personne ne soupçonnait…
Jusqu’au bord des yeux du père d’Yvette.
Jean-Marie, père d’Yvette, pleurait car la Poësie accumulée en lui à son insu pendant trente-cinq ans le lui permettait. L’exigeait, même. Il n’avait plus le choix.
Si vous-même poursuivez votre lecture, peut-être faut-il vous méfier…

B. C.

 

 

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